Considérée comme la capitale économique du Nord-Kivu, Butembo est construite sur des collines, ŕ plus de 350 km de Goma. C’est une ville de commerçants de renom, qui circulent sans cesse en Europe, en Asie, en Afrique de l’Ouest et dans les Emirats Arabes Unis... Non contents de faire des affaires, ils mettent leur dynamisme au service du développement de toute leur région. Depuis la fin de la guerre, sans attendre d’aide de l’Etat, ils ont entrepris de grandes réalisations.

C’est ainsi qu’ils construisent aujourd’hui un barrage hydroélectrique ŕ Ibugha, indispensable au lancement d’autres activités. Réunis autour de la Fédération des entreprises du Congo (Fec) en partenariat avec une entreprise sud-africaine, ils sont en train de gagner leur pan. « Nous avons déjŕ réussi ŕ mobiliser une somme de 4 millions de dollars représentant le coűt total des travaux, affirme avec satisfaction, Polycarpe Ndivito, président de la Fec/Secteur Beni-Butembo. Pour le moment l’apport de l’Etat se limite ŕ la sécurité de l’entreprise qui fournit du courant, il donne un appui moral. Jusque-lŕ il n’y a pas un apport structure de l’Etat ŕ part quelques dons ».

Toute la ville électrifiée

Le barrage d’Ibugha, situé a environ 7 km de Butembo, est en construction. Les travaux devraient s’achever dans quinze mois. A terme, la centrale aura la capacité d’alimenter toute la ville. La production et la distribution d’énergie ont été confiées ŕ une entreprise privée, la Société d’électricité du Nord-Kivu (Senoki), mise en place par les entrepreneurs locaux, les « hommes forts », comme on les appelle ici. Déjŕ, une partie de la ville est alimentée.

Les travaux se poursuivent encore a travers les quartiers. Tous ceux qui peuvent payer 60 $ sont raccordés, Non sans difficultés car, par exempte, les câbles de raccordement disponibles ne sont pas les mieux adaptés. Une fois l’électrification terminée, les investisseurs locaux veulent s’atteler ŕ concrétiser un autre projet : la construction d’un aéroport. Les commerçants de Butembo souhaitent que leurs marchandises atterrissent directement chez eux sans passer par le Kenya, l’Ouganda ou męme Goma. « C’est le premier projet amorcé, affirme le président de la Fec/Butembo-Beni. Il a été stoppé suite ŕ l’insuffisance d’énergie indispensable au fonctionnement des machines affectées aux travaux. C’est ainsi qu’il fallait d’abord achever la construction de la centrale hydroélectrique pour disponibiliser plus d’énergie ».

La population construit les routes

Les commerçants ne sont pas les seuls ŕ bouger pour développer la ville et la région. La population a entrepris depuis quelques mois, des travaux communautaires, dits salongo. Chaque jeudi matin, hommes, jeunes et vieux, travailleurs et chômeurs, tous se retrouvent dans les quartiers pour déboucher les caniveaux, refaire les routes ou en tracer lŕ oů elles n’existent pas. Joseph Kambale, la cinquantaine, rencontré ŕ la tęte d’une équipe d’une trentaine de personnes en plein salongo au quartier Vungi, témoigne: « Nous n’avons pas de routes. Il y a des endroits oů l’Etat n’a jamais prévu des routes c’est nous męme qui sommes en train de les ouvrir. Nous sommes appelés ŕ nous investir davantage sans quoi notre ville risque d’ętre enclavée ».

Une nécessité pour évacuer les produits agricoles de cette fertile région. Dans les environs de Butembo poussent en effet la profusion haricots, maďs, pommes de terre.. .A l’entrée de la ville, sur la route qui mčne ŕ Beni, 50 km plus au Nord, on peut facilement contempler les quelques centaines des bovins nui broutent l’herbe de pâturages tenus par les grands patrons. La population de cette ville est aussi le mieux pourvue de toute la province en matičre d’information. Il y a sur place 4 chaînes de radio et de télévision, qui relaient les grandes stations (RFI, BBC, VOA ou encore TV5). Excepté la radio nationale, les autres stations sont pour la plupart des initiatives des communautés religieuses, d’entrepreneurs locaux ou de regroupements des associations de développement.

Pour pallier les insuffisances en communication ŕ distance, un « homme fort » du coin, Bayou, a créé, il y a plus de deux ans, Topcell, une société de télécommunications qui couvre Beni et Butembo. Derničre illustration de ce dynamisme exemplaire, une brasserie produit de la bičre sur place. Et ce n’est pas tout, la ville n’est qu’un vaste chantier oů les immeubles poussent comme des champignons. Si la paix perdure d’autres réalisations verront le jour prochainement.