Le 9 juin 2001 restera pour longtemps dans les esprits des mélomanes kinois une date-symbole qui aura consacré la suprématie d'une star phénoménale devenue au fil de temps, figure emblématique du clan Wenge. Un jour peu ordinaire que ce samedi 9 juin. Tout Kinshasa a, en effet, ployé sous les pesanteurs du magnétisme dégagé par un Werrason conquérant.

Le concert du stade des martyrs n'avait pas son répondant ce jour en terme d'événement.

Dès 12 heures déjà, les alentours du stade sont pris d'assaut par des fanatiques zélés et hystériques. Mouchoirs de tête, casquettes, polo.., tout était frappé à l'effigie de Werrason. Les commerçants qui savent exploiter ces genres d'événements à des fins commerciales sont vite passés à l'offensive étalant leurs produits à chaque 2 mètres. On y trouvait un peu de tout, des cacahouètes aux papiers mouchoir en passant par les gadgets signés le roi de la forêt". Pour peu, le stade ressemblait à une vaste kermesse. Tout ce que Kinshasa compte comme racaille s'est retrouvée au stade des martyrs. Tout nombril dehors, les séries 7 et 8 ont rivalisé d'ardeur sur le versant de l'exhibitionnisme, de l'extravagance. Les serres-corps et autres minijupes ont fait sensation dans les tribunes. L'homme cravaté en trois pièces pris dans l'étau de la masse hystérique des "fous de Werra " avait du mal à contenir ses émotions tant la provocation était dense.

A 15 heures, la tension monte d'un cran. L'affluence vient d'atteindre son paroxysme. Toutes les entrées du stade sont gérées de manière collégiale par la police, les Pm, auxquels sont adjoints les agents de sécurité du groupe Mac Kenro. Toutes ces composants ont du mal à contenir les colonnes humaines disposées en fil indienne postées au portillon. Les coups de cordelettes administrés à certains sont loin de contenir la fougue du public qui, telles des abeilles, se rue vers les guichets. Exactement le genre de scénario qui, généralement, précède les grandes rencontres de football. Même les journalistes avaient du mal à accéder au stade tant la rigueur des services de sécurité est sans marchandage. Les cartes étaient gelées de sorte que ceux des journalistes qui n'avaient pas leurs macarons signés groupe Mac Kenro étaient carrément interdits d'entrer au stade.

Lorsqu'il nous fut permis de pénétrer à l'intérieur du stade par l'entrée n°9 après d'intenses négociations, le décors était presque planté. Le stade est rempli au trois quarts en dépit de l'existence de quelques poches vides. Au fur et à mesure, celles-ci se remplissaient de leur monde. Les supporters de Daring, Dragon et V.Club se sont retrouvés dans leurs camps respectant leurs limites. Aucune incursion n'était permise quand bien même il s'agissait d'un concert de musique. Les sportifs venait là d'imposer leur loi sur les mélomanes qui avaient du mal à se retrouver sur un site qui a ses principes. Les cris d'animation qui généralement alimentent les grands derbys au stade ont été entonnés.

A 17 heures, un cris strident retentit du côté des Moscovites qui, dans un brouhaha indescriptible, saluent l'arrivée des bus au stade. Un quart d'heures après, les trois bus font leur entrée au stade dans un flots d'applaudissement. C'est le délire. Le public chante à tue tête. "Je mesure maintenant l'impact de ce geste", me souffle un confrère. Ce sont des bus de marque Mercedes d'une capacité de plus au moins 35 places assises. Chacun est décoré aux couleurs de l'équipe dont il est destiné. C'est sur ces entrefaites que les instrumentistes de Wenge Musica MM font leur entrée sous la conduite du duo Burkina Faso-Flamme. Ils relayent un groupe de rap Kkn présenté comme les éclaireurs de Wenge Musica MM. L'équipe est au grand complet. All Mbonda fait amende honorable auprès du public et s'agenouille. Les chanteurs, eux, vêtus de blanc s'adonnent à leurs frasques et font une entrée en fanfare avec Bill Clinton en tête. Ils accourent dans tout le sens gratifiant le public de quelques gestes acrobatiques. Pendant ce temps, les premières notes instrumentales sont entendues et les installateurs en profitent pour faire la balance. Toujours pas de Werrason. Le public siffle. La patience devient pesante. Mais le premier sébène de Burkina Faso suffit pour lui faire oublier sa préoccupation. Et go pour le spectacle.

Sur le podium érigé vers le pourtour de Daring regardant vers la commune de Kinshasa, se trouvent Serge Mabiala, Emelia, Adjani, Jus d'été, Ferre, Baby Ndombe etc. Le petit héritier se substitue à Lacoste et interprète ses vocales à la grande satisfaction du public. La chanson "chantai switzerland" ne va pas à son terme. L'annonce de l'arrivée de Werrason condamne les chanteurs à stopper leur prestation. Il est 18 h37'. L'homme entre perché du haut d'un tracteur. Il est encadré par une fanfare avec de part et d'autre, des danseurs Pende, Bambunda et autres.

Il est habille en Tshort blanc, surmonté d'une espèce de fourrure en bandoulière, la taille ceinturée par une lisière en poil. C'est, dit-on, la tenue de l'ourse. Elle lui donne une allure bizarre de chef coutumier, il tient dans sa main droite un carton dont le contenu n'est pas encore révélé au public. Werrason descend de son tracteur. Ensemble avec les Bapende, il livre un spectacle interdit aux émotifs. Tout y est. Les flèches, lances, feu... tout est mis à contribution dans ce qui est apparu pour certains comme un rite magicomystique. Lorsqu'il monte sur le podium, Werrason ouvre son carton. Onze pigeons au total en sortent lâchés dans la nature. Le public qui ne comprend pas le sens d'un tel geste, spécule. Il démarre en trombe son concert avec "Freddy Movati" tiré de l'album "Solola bien". Ferre confirme sa stature de maestro dans la structure vocale de Wenge Musica MM. Emélia s'affirme comme la nouvelle valeur qui fait oublier Lacoste. La danse est au rendez-vous. Le public délire. La chanson Vita imana est exécutée à la grande satisfaction de tous.

Le clou de la soirée fut la remise des clés des Bus aux trois dirigeants des équipes concernées qui montent sur le podium accompagnés des chauffeurs de leurs clubs. La cérémonie de remise du don des bus dure près d'une demie heure, Werrason va au delà des espérances de ces trois dirigeants qui se font gratifier par son entremise, d'un don de la compagnie cellulaire Gsm. Cette dernière octroie à chacune de ces trois équipes des apparereils Gsm au nombre de l'effectif des joueurs qu'elles comptent. Le geste est apprécié à sa juste valeur par ces dirigeants qui considèrent Werrason comme la providence même.

Le concert reprend avec le générique de Kibwisa Pimpa. Tout le stade danse. Les soldats en uniforme regrettent leur statut. Bill Clinton communie avec le public avec ses cris d'animation en arabe. La chorégraphie est simplement impressionnante. Ferre avec ses déhanchements tient le public en haleine. Ce générique est exécuté trois fois de suite sur demande du public. Le public sort du stade sous ces airs et poursuivra la fête jusque dans les rues et avenues de Kinshasa. Werra a tenu ses promesses.