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Un voyage en bateau se prépare de longues semaines durant ; entre Boende et Mbandaka, il faut compter au minimum deux semaines, voire plus compte tenu de l’état de navigabilité du fleuve et des bateaux

Un mois, voire deux ŕ bord d’épaves flottantes pudiquement appelées bateaux, et au bout, Mbandaka la destination finale de ces voyages au long cours et dangereux qui relient le chef-lieu de la province de l’Equateur au reste du pays. Entre cochons, moutons, chčvres, poules, sacs de riz et bidons d’huile, difficile de trouver une place pour les centaines de passagers de ces « bateaux de la mort », victimes d’épidémies de toutes sortes, de frayeurs indescriptibles, et d’accidents parfois mortels. La navigation sur le Congo est loin d’ętre un long fleuve tranquille.

Pourtant, en l’absence de routes reliant les principales villes de la République Démocratique du Congo, le transport fluvial demeure le moyen de transport le plus utilisé par les populations congolaises en général, et celles de la Province de l’Equateur en particulier. Mbandaka-Kinshasa, Mbandaka-Kisangani, Mbandaka-Boende, les déplacements se font ŕ bord de barges. L’avion reste un objet de luxe, tellement onéreux dans une Province oů le revenu annuel par habitant n’atteint pas 200 dollars américains.

Or un aller-retour Mbandaka-Kinshasa par exemple coűte entre 200 et 250 dollars Us pour les vols commerciaux (Hewa Bora, Caa ou Wimbi Dira), soit plus de deux ans de salaires pour le citoyen de Mbandaka ou de l’Equateur ! Seul recours ŕ la portée de presque toutes les bourses (et encore !), le bateau : ŕ peine 4000 francs congolais, environ 10 dollars US. Moyen de transport le plus utilisé, le moins onéreux; mais aussi le plus dangereux. Au Congo, avec la déliquescence de l’Office national des Transports Onatra, il n’y a plus de bateaux passagers depuis de nombreuses années.

Tous les voyages fluviaux se font ŕ bord de baleiničres, barges ou pirogues motorisées. De véritables villages et cercueils flottants qui, par la magie du systčme D et de l’ingéniosité des populations, se retrouvent en train d’assurer le transport des passagers, et oů ces derniers côtoient chčvres, moutons, porcs, poules, canards, marchandises ; au mépris des rčgles élémentaires d’hygične et de Sécurité.

Mbandaka et son port public sont ainsi le lieu oů viennent

s’echouer tous ces bateaux en déperdition ; rares sont les mois ou semaines sans accidents. Les cas les plus tragiques restent, entre autres, ceux du MB Buisson Ardent, MB Bombile ou encore MB Maman Nsombo, qui firent plusieurs morts parmi les passagers. Souvent sollicitée en dernier recours pour assistance ŕ personnes en détresse, la mission des Nations Unies au Congo (Monuc) soulage effectivement les souffrances des passagers soit en remorquant les barges ensablées, soit en fournissant du carburant ou de l’eau aux passagers.

Des demandes d’assistance qui arrivent tellement en retard, qu’entre-temps, aprčs deux voire trois mois d’immobilisation au port, des épidémies ont déjŕ sévi, avec parfois, ŕ la clé, des morts. Mais certainement une détresse humaine insupportable : des femmes qui accouchent dans des conditions indescriptibles, la malaria et la diarrhée qui touchent la moitié des passagers. Tous les usagers de ces embarcations savent qu’ils risquent leurs vies chaque fois qu’ils les empruntent ; mais faute d’alternatives et de moyens, ils y vont en victimes résignées.

Voyages sans retour

Un voyage en bateau se prépare de longues semaines durant ; entre Boende et Mbandaka, il faut compter au minimum deux semaines, voire plus, compte tenu de l’état de navigabilité du fleuve et des bateaux. Męme durée pour Mbandaka-Kinshasa. Entre Boende et Kinshasa donc, un mois dans le bateau, il faut bien se nourrir, et donc s’approvisionner en sacs de riz, huile, eau, vaisselle, savon, médicaments, etc.

Surtout que comme une célčbre compagnie aérienne africaine surnommée « Air Peut-ętre », les passagers de ces bateaux ne savent jamais quand ils vont quitter le port, ni quand ils arriveront ŕ destination ! C’est par exemple le cas de José Dikienfu, 35 ans, originaire du Bas Congo et résident dans la Commune de Ndjili ŕ Kinshasa ; il fait partie des centaines de passagers du MB MFA, parti de Kinshasa en septembre dernier pour Mbandaka.

Son métier, le “demi-terrain”: en d’autres termes, vendre de la marchandise entre Mbandaka et les localités environnantes. José est ainsi parti de Kinshasa avec 30 dollars en poche, et quelques marchandises, notamment du sel, du savon, et de la friperie (vętements de seconde main). Il aurait bien voulu les écouler entre Mbandaka et Boende situé ŕ 300 kilomčtres du chef-lieu de la Province.

Seulement, le MB MFA est bloqué au port public de Mbandaka depuis deux mois ! Faute de carburant. José raconte qu’entre Kinshasa et Mbandaka, ils ont enregistré des naissances, mais aussi quatre décčs, essentiellement des enfants qui souffraient de diarrhées aiguës.

Un voyage sans retour pour ces gosses qui n’auront męme pas droit ŕ des funérailles, ni ŕ des sépultures dignes de ce nom ; ce qui se passe en pareils cas, c’est que les corps des victimes sont enterrés au premier village oů le bateau accoste ; nos quatre petits corps seront ainsi enterrés successivement ŕ Bolobo, Maluku et Komanki. Le quotidien de José et de ses compagnons d’infortune ? Sortir trčs tôt du bateau chaque matin, aux environs de 5h pour aller acheter de la marchandise en ville, et revenir la revendre dans le bateau : biscuits, bonbons, pain, etc.

Mais les ballots ramenés de Kinshasa par José attendent impatiemment dans les cales du MB MFA. Trois mois plus tard, José dit avoir doublé son capital, et disposerait ainsi d’une somme de 70 dollars US ! Comme tous les autres passagers, José espčre enfin pouvoir repartir de Mbandaka avant la fin de ce mois, pour Boende.

L’Ong internationale Action Contre la Faim (ACF) venait en effet de fournir du carburant au MB MFA l’Ong française fait ainsi d’une pierre deux coups : śuvre humanitaire, et en profiter pour acheminer du matériel agricole vers Lomela, dans le cadre de ses projets de développement ŕ travers la Province. Mais une fois ŕ destination, quel serait le prochain bon Samaritain qui permettrait au MB MFA de remettre le cap sur Kinshasa ?

Sécurité fluviale inexistante

Nombre de ces souffrances seraient évitées, si et seulement si les exploitants, les armateurs et les autorités prenaient leurs responsabilités. Les premiers se comportent comme dans une véritable jungle, trčs peu d’entre eux sont en conformité avec la loi. Il n’est pas rare de rencontrer des embarcations sans permis de navigabilité, les voyages s’organisent alors en toute clandestinité, au péril des vies humaines.

La sécurité fluviale exige par ailleurs que les bateaux soient munis de phares et de feux de position, de gilets et bouées de sauvetage d’extincteurs, de motopompes ainsi que d’autres moyens de protection ; mais cela reste au stade de l’intention. Du coté des autorités, l’absence de moyens suffit ŕ tout justifier. Ainsi, au Commissariat fluvial de Mbandaka ou ŕ la Division Provinciale des Transports et Communications, l’on affirme ne pas ętre en mesure de contrôler les mouvements de bateaux, « faute de moyens ».

En réalité, l’on peut affirmer sans aucune exagération, que personne ne sait véritablement ce qui circule exactement sur le fleuve Congo ! Dčs lors, parler de sécurité fluviale dans ces conditions relčve d’une pure utopie. C’est aussi probablement par manque de moyens que le fleuve lui-męme n’a plus été balisé ni dragué depuis des dizaines d’années. Autre cause des accidents de bateaux ŕ répétition sur le fleuve Congo, la formation du personnel navigant.

Une formation qui se fait généralement sur le tas et donc pendant les voyages, avec tous les risques et périls que l’on fait courir ŕ des centaines de personnes !

Comment ne pas épingler également la surcharge de ces embarcations ? Tel un essaim d’abeilles, les bateaux emportent parfois jusqu’ŕ trois fois plus de passagers que n’autorisent leurs capacités. Cinq cents passagers, si pas plus ; des tonnes de marchandises diverses ; animaux et volaille ; cette cargaison va en augmentant tout au long du voyage, au fur et ŕ mesure que le bateau accoste et embarque de nouveaux passagers. C’est ŕ se demander comment il n’y a pas d’accidents plus graves et meurtriers chaque jour !

Mais comme aiment ŕ le dire les Mbandakais, « Dieu voit tout ». Surtout, il a envoyé ŕ l’Equateur un contingent de marins uruguayens. L’Urpac ou Uruguayan Riverine Patrol Company de la Monuc dit assurer en moyenne deux ŕ trois interventions de sauvetage chaque semaine. Chaque semaine aussi, de nouvelles embarcations quittent et accostent au port de Mbandaka, aux noms aussi poétiques que romantiques : MB Buisson Ardent, MB Ngolu Na Yezu (entendez, la Grâce de Dieu), MB Mama Nsombo, MB Pakasa (buffle), MB Mama Tania, MB Mboto (la carpe). Malheureusement, le voyage lui, est loin d’ętre aussi romantique et reposant.



Last edited: 07/05/2006 01:17:14

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