La premičre grande pluie de la saison a finalement montré son visage aux Kinoises et Kinois hier ŕ compter de l’aube. L’une de ses premičres conséquences prévisibles s’est manifestée sous la forme d’inondations survenues aux quatre coins de la ville. A Lingwala, la « cuvette » comprise entre avenue Kalembe-Lembe et les rails était totalement sous eau de męme qu’une bonne portion de l’avenue des Huileries. Les riverains de Makelele, Ndjili (quartiers des marais et Ndanu), Kalamu, Bitshaku-tshaku, Lukunga, Gombe, Tshangu, Mokali et Tshuenge ont vécu une nuit et une matinée au cours desquelles leurs habitations ont été fortement secouées et envahies par des eaux en furie.

Pour échapper ŕ un mauvais sort, nombre d’entre eux ont dű évacuer leurs biens et trouver refuge chez des voisins. C’était troublant de voir casseroles, bassines, seaux, tables, chaises et parfois des malles d’habits, des postes de radio et de télévision flotter ŕ travers des rues transformées en torrents. Les eaux s’étant rendues maîtresses de leurs quartiers, de nombreux résidents des versants de Kisenso, Makala, Selembao et Bumbu se sont trouvés enclavés, incapables de circuler dans un rayon d’un kilomčtre, voire moins que cela.

Electricité coupée par anticipation

Suffisamment instruites sans doute par les fréquents cas d’électrocution qui se produisent ŕ travers la ville pendant ou aprčs les pluies torrentielles et dont le dernier en date a emporté un vendeur ambulant (« chailleur ») dans la concession Cosbaki ŕ Bandal, les agences de la Société Nationale d’Electricité implantées dans les 24 communes de la capitale ont prestement exécuté un mot d’ordre venu certainement de leur hiérarchie. C’était la coupure, par anticipation, de l’alimentation en énergie électrique. A Bandalungwa, Selembao, Kimbanseke, Ngiri-Ngiri, Makala, Bumbu, Ngaliema ou Matete, tous les secteurs traversés par des câbles nus et fatigués ont été déconnectés, sans autre forme de procčs, du réseau électrique urbain. Certains quartiers risquent de vivre sans électricité pendant deux ou trois jours supplémentaires, le temps que les petits « lacs » sortis du néant disparaissent.

Cette nouvelle recette de la Snel sera sans aucun doute abondamment utilisée pour ne pas donner aux consommateurs du courant le prétexte de tirer ŕ boulets rouge sur cette société d’Etat. L’autre revers de la médaille est que les poches noires favorisent, en temps de pluie, la commission en douceur des vols et des actes d’insécurité.

Transports en commun paralysés

Fonctionnaires, employés des entreprises privées, vendeurs et vendeuses des marchés de la place, mamans, manśuvres des ports privés, débrouillards du secteur informel ont éprouvé mercredi les pires difficultés pour sortir de chez eux ŕ destination des lieux oů se déroulent leurs activités de survie au quotidien. Le mauvais mais surtout l’état piteux des routes parsemées pour l’heure de chantiers inachevés ont eu raison de la témérité de plus d’un transporteur privé dans une métropole oů l’Etat a démissionné, de longue date, de sa mission d’organisation du transport des biens et des personnes. Il fallait avoir du cran pour franchir le « bouchon » du croisement des avenues Kasa-Vubu et 24 Novembre, sortir du bourbier des eucalyptus ŕ Ndjili (l’entrée principale est fermée ŕ la circulation voici dix jours, patauger dans les mares des avenues Kabambare, Huileries, Kianza, Université, Poids Lourds, Rwakadingi, rond point Victoire, etc ?

Tous ceux et toutes celles qui avaient programmé des sorties matinales hier ont dű soit les annuler, soit les honorer avec un énorme retard, confortant la thčse de l’élasticité de la notion du temps en République Démocratique du Congo. Qu’il s’agisse des détenteurs des véhicules personnels ou des piétons, la grande équation ŕ résoudre se situe au niveau de l’impraticabilité des routes.

Erosions réactivées

Des éboulements de terrain ont été observés dans les sites érosifs connus de tous : Kisenso, Mbanza-Lemba, Unikin, Kindele, Mont-Ngafula, Selembao, Mataba, Malueka, Sanga-Mamba. Une chose est sűre : l’espérance de vie de nombreuses villas et bicoques est fort précaire. Tout peut arriver ŕ la prochaine pluie ou ŕ celle d’aprčs. Des sinistrés en sursis se comptent par milliers dans la capitale attendant fiévreusement le coup de grâce avant de se tourner vers les pouvoirs publics. Quelque part, on doit déplorer la vente anarchique des terrains, au mépris des normes requises en matičre de lotissement. Des sites qui, manifestement, ne devraient pas recevoir des maisons d’habitation, grouillent de candidats ŕ une « déguerpissement » forcé, sous l’action des éléments de la nature.

Des travaux de voirie ŕ requalifier

Les malheurs des Kinoises et Kinois face ŕ la forte pluviosité arrivent du fait de l’inexistence d’une voirie digne de ce nom. Chacun peut constater que des communes ou quartiers urbanisés au beau milieu du sičcle passé tels que Gombe, Kintambo, Bandalungwa, Matonge, Yolo, Lemba, Matete connaissent aujourd’hui le phénomčne des inondations du fait du défaut d’entretien des caniveaux et égouts qui les quadrillent. Mais qui devrait exécuter une tâche pareille ? Elle devrait, de l’avis de l’homme de la rue, revenir en amont ŕ l’administration urbaine et en aval aux résidents. Mais que remarque-t-on ? Les cantonniers journaliers au service de l’Hôtel de Ville passent le plus clair de leur temps ŕ dépoussiérer les boulevards du 30 Juin et Lumumba, laissant les voies de canalisation disparaître sous les sables ou les immondices.

Quant aux communes et quartiers nés par la magie des lotissements anarchiques, ils ne savent comment se débarrasser des eaux qui les envahissent ŕ la moindre averse. Car, l’adage dit qu’on arręte pas l’eau. Et si rien n’est fait pour lui faciliter la passe, elle force le passage, avec des dégâts sur les terres ou les infrastructures. Dans cette ville, il est courant de voir les firmes qui gagnent les marchés des travaux publics rouvrir des chantiers un peu partout et ne presque jamais les finaliser puis y revenir trois ŕ quatre fois l’an, sans résultat probant dans la durée. Il y a ŕ se demander s’il existe ŕ Kinshasa une structure officielle chargée du contrôle des travaux de voirie avant leur réception. Si tel est le cas, comment se fait-il que nos chaussées se dégradent pratiquement au bout de trois ŕ quatre mois exigeant une phase payante de réhabilitation.

«Kin-propre » : maintenant ou jamais

Certes, l’opération « Kin-propre » laisse un goűt amer sur les langues des milliers de membres des familles kinoises dans une ville oů le chômage bat son plein. Ce n’est pas agréable de voir un bulldozer raser, en un clin d’śil, une terrasse, un container, un salon de coiffure, un restaurant, un kiosque, un étal, un atelier de couture, une maison de peinture, une maison de communication, une bureautique, un bureau de change dans lesquels on a placé la totalité de ses maigres économies et tout l’espoir de manger, de se vętir, de se faire soigner, de se loger, d’envoyer ses enfants ŕ l’école, d’entretenir son clan. Qu’ŕ cela ne tienne, l’opération « Kin-propre » a aussi libéré des espaces verts lŕ oů les constructions anarchiques avaient tendance ŕ tout occuper. Mais au-delŕ du souci de l’autorité urbaine de redonner ŕ Kinshasa ses lettres de noblesse en matičre de salubrité, il y a cette grande contradiction entre le slogan du retour ŕ la propreté et l’insalubrité qui reste collée ŕ la peau de la capitale. Tous les marchés de la ville, hormis celui de la liberté ŕ Masina et, dans un degré moindre, celui du centre de la ville, baignent dans une insalubrité incroyable. Les excroissances du Marché Centrale que sont Kato et Itaga, les marchés Somba zigida, Gambela, Mariano, Bayaka, Moulaert, Imbwa, Ndolo libongo, Baramoto, Selembao, Masina/Kulumba, Kingabwa, Matete, Lemba, Ngaba, IPN, Ngandu, Fer Bois, Ndjili quartiers 5, 6 et 7, Cecomaf, Kisenso et que savons-nous encore sont lŕ en proie ŕ une malpropreté inqualifiable.

Des eaux verdâtres et dormantes stagnent dans tous les caniveaux et égouts de la ville. Au vu d’un tel spectacle, les visiteurs éprouvent des nausées en traversant de vieilles communes comme Barumbu, Kinshasa, Lingwala, Kasa-Vubu, Ngiri-Ngiri, Matete, Kalamu. Kinoises et Kinois s’interrogent sur le sens de l’opération « Kin-propre » dans une ville oů la saleté et l’hygične approximative ont encore la peau dure. Il est temps que les bourgmestres, de concert avec l’Hôtel de Ville, imaginent un programme de lutte efficace contre les immondices, les eaux dormantes dans les égouts et caniveaux, les urines et défécations qui empestent l’atmosphčre aux pieds des arbres et murs des édifices publics.

Les résidents de la capitale en ont marre de voir des agents des services d’hygične aux trousses vides les harceler réguličrement, dans le but inavoué de leur soutirer de petits pourboires sous la menace d’amendes transactionnelles, avec parfois la complicité d’inspecteurs judiciaires des parquets.