Le mardi 10 aoűt 2004, deuxičme jour consacré par la Haute cour militaire au réquisitoire du ministčre public sur le procčs qui oppose l’organe de la loi aux présumés assassins de Steve Nyembo Mutamba de la Direction générale des impôts (Dgi); le premier avocat général Nyembo Yabuzilu - venu ŕ la rescousse de l’accusateur principal Makelele Kabunda - a été implacable en faisant l’analyse juridique des faits.

Décortiquant point par point les éléments de son dossier de 300 pages, ce haut magistrat militaire a démontré que concernant le colonel Charles Alamba et le directeur Charles Dimoke de la Dgi, les faits sont établis pour les préventions d’association de malfaiteurs, d’assassinat, de terrorisme, de mutilation et incendie volontaires. Il a donc sollicité de la cour des céans que ces deux prévenus soient condamnés comme co-auteurs aux męmes peines que celles ŕ subir par Emile Kaseke et tous les exécutants de la sale besogne accomplie dans la nuit du dimanche 28 au lundi 29 septembre 2003 sur la personne de Steve Nyembo.

MOBILES DU CRIME

Colonel Charles Alamba. Selon le ministčre public, et commando qui a été peint par le colonel Mukuntu comme un homme capable d’exécuter des décisions sans état d’âme, était préoccupé par le problčme de la nouvelle mise en place. Le parquet militaire était resté dans La situation d’attente, et il y avait trois prétendants directs au trône. Alamba Munyako - homme fort et le boss qui avait beaucoup d’argent - se sentait mis en ballottage, car relégué aujourd’hui ŕ la troisičme position dans l’ordre des préséances.

Se souvenant que pendant son rčgne ŕ l’ex-cour militaire, il avait fait régner la tranquillité sur la ville par sa pratique d’exécutions directes, il joua alors sur la corde sensible pour redevenir responsable du parquet. C’est pourquoi, dčs le mois d’avril 2003, la criminalité ŕ la crescendo. Parce que, par l’entremise d’Emile Kaseke, homme extręmement intelligent, homme des situations difficiles, Alamba venait de larguer sur Kinshasa le groupe de criminels qu’il avait arrachés de la prison. Mais les autorités restčrent indifférentes.

Il fallait donc poser un acte beaucoup plus frappant, vraiment odieux, trčs crapuleux. Et il a pensé ŕ ses petits composés du groupe de Désiré Nsinga, Elie Malokita et Papy Mafishiango. Dimoke l’ayant contacté, il a dit oui. Car Steve Nyembo était un grand directeur et un personnage trčs connu. Il a donc conclu que s’il exterminait le directeur des Ressources humaines de la Dgi de la maničre la plus inhumaine, cela devra frapper les autorités pour qu’on le replace comme auditeur général.

Charles Dimoke. Le premier avocat général Nyembo Yabuzilu commence sa sentence par ces termes « Regardez l’homme ! Imbu de lui-męme, querelleur. Il ne peut pas accepter les contradictions ». Le ministčre public explique que cet homme qui avait gravi tous les échelons jusqu’ŕ occuper la place de directeur général intérimaire a eu des démęlés avec Steve bien avant longtemps. Le chef de division Banza va tenter une réconciliation. Mais cette tentative échoue quand Dimoke va faire une mise en place ciblée en envoyant Steve Nyembo au Bandundu, malgré sa jambe fracturée. Pour le Dg Dimoke, Nyembo Mutamba faisait une simulation. Mais bon coeur, Steve Nyembo offrit 1000 dollars ŕ la fille de Charles Dimoke en guise de cadeau de mariage.

Curieusement, lorsque Dimoke perd sa deuxičme femme, Steve refuse d’assister aux funérailles. Un jour dans une réunion, les choses éclatent au grand jour. Il y a une discussion orageuse entre les deux hommes dans le bureau de M. Dimoke. C’était précisément le 9 septembre 2003. Le 13 septembre marque la deuxičme rencontre entre Charles Alamba et Charles Dimoke au club Budokan, car la premičre avait déjŕ eu lieu le 12 aoűt. Le 2 septembre, une mise en place sort ŕ la Dgi. Et lŕ, Dimoke, est débarqué de la Direction des grandes entreprises, une entreprise créée par lui, pour lui et ŕ sa taille. Car trčs juteuse et n’avait rien ŕ envier ŕ la Dgi. Dans cet hécatombe, Dimoke voit l’ombre de Steve. Le 25 septembre, Emile Kaseke reçoit du colonel Alamba, l’argent remis par Charles Dimoke.

Le 26 septembre fut le moment fatidique, car c’est ce jour-lŕ que Charles Dimoke procéda ŕ la remise-reprise avec sein successeur et il se dit « Alea jacta est », comme Jules César avant de franchir le Rubicon. Il menace sérieusement Steve. Ce dernier a peur pour sa vie et ŕ celle son ami Banza ŕ la terrasse « Baobab » pour lui dire que Dimoke a décidé sa mise ŕ mort. Banza lui suggčre de chercher certains frčres dans l’armée pour le protéger mais Steve Nyembo banalise les choses en déclarant que Dimoke est devenu un tigre en papier. Or, c’est ce męme jour que Kaseke va remettre les 3.000 dollars ŕ Désiré Nsinga aux Galeries présidentielles. « Voilŕ comment Dimoke a fait la passe en or ŕ son ami Alamba », a lancé l’organe de la loi. Et l’inévitable se produit dans la nuit du 28 au 29 septembre 2003, car le sort était déjŕ jeté.