« Si je voulais prendre le pouvoir, je l’aurais pris en 1997 » De la candidature ŕ la présidentielle : « Mgr Monsengwo n’est pas et ne sera pas candidat. Le pouvoir que j’ai est mille fois meilleur que le pouvoir politique »
C’est dans le silence d’une matinée dominicale que Mgr Laurent Monsengwo Pasinya s’est entretenu avec la Fédération de journalistes et communicateurs catholiques (Fjec) dans la salle des réunions du Centre interdiocésain ŕ Kinshasa/Gombe.
L’entretien a tourné autour des questions d’actualité, notamment l’élection de l’archevęque de Kisangani comme président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) qui fait dire ŕ certains que c’est pour préparer sa candidature ŕ la présidentielle. L’ancien président de la Conférence nationale souveraine (Cns) a été on ne peut plus clair.
Question : Depuis un certain temps, l’Eglise catholique s’implique dans la campagne éducation civique. Quelle est la finalité précise de cette implication dans la campane électorale ?
Réponse: La Campagne électorale a une finalité, un objectif, c’est-ŕ-dire le présenter au peuple les programmes politiques différents qui doivent éclairer sur ce que les acteurs politiques voudraient faire pendant le mandat qu’ils sollicitent auprčs du peuple. Donc, la conquęte du pouvoir sur la base d’un programme politique. On va le demander au peuple parce que le pouvoir lui appartient et ŕ lui seul.
Personne d’autre ne peut prendre le pouvoir si le peuple ne le mandate pas ŕ gérer la chose publique en son nom. Cela signifie que le peuple doit savoir comment il doit designer les mandataires. Nous dirons au peuple : « c’est vous qui avez le pouvoir; est vous qui ętes le détenteur du pouvoir. Et la démocratie, l’Etat de droit que nous voulons c’est que des personnes vont, par mandat que vous allez leur donner, exercer le pouvoir avec vous, parce qu’ils vous représentent, grâce au programme fils vous auront présenté. Ils vont exercer le pouvoir pour vous parce que ce pouvoir vous appartient et personne ne peut l’exercer en votre faveur ».
La démocrate est le pouvoir du peuple, avec le peuple, et par mandat, pour le peuple. Voila la raison pour laquelle nous insistons tant sur cette éducation civique du peuple. Il s’agit de voter des personnes qui sont capables de faire quelque chose de bien pour la collectivité nationale. Ce n’est pas ŕ base tribale, familiale ou parce que quelqu’un est originaire de votre village ou il est votre ami. Il y a critčres d’abord de compétence, d’intégrité, en voyant ce qu’ils ont déjŕ fait pour le peuple. Nous voulons que si le peuple choisisse en connaissance de cause, en connaissance des personnes, ceux ŕ qui il va mandater le pouvoir. ceux qui, en son nom, géreront l’Etat pour une échéance de cinq années.
Q. : Ce n’est pas que l’Eglise voudrait désigner un candidat, un ecclésiastique si pas un Evęque, Mgr Monsengwo, par exemple ?
R : La question n’est pas d’actualité parce qu’il faut d’abord que ceux qui veulent gérer l’Etat se déclarent. L’Eglise Catholique ne peut pas dire ŕ un individu: « Vous allez prendre le pouvoir ». En vertu de quoi va-t-elle le dire ? Il ne revient pas ŕ la hiérarchie catholique de décider de qui va prendre le pouvoir. Et si par aprčs il gâche aboutement tout du côté de l’Etat, c’est l’Eglise qui va porter la responsabilité. Il n’y a pas de raison de désigner un ecclésiastique.
Le droit canon dit que les ecclésiastiques n’exercent pas le pouvoir politique. Si cela est vrai déjŕ au niveau du peuple, ŕ fortiori au niveau des Evęques. Nous risquons d’attacher la charrue avant les boeufs. Ce qui est le plus important c’est la conversion des cśurs et la conversion des esprits. Les élections ne réussiront pas,si les coeurs ne se convertissent pas. Si les esprits ne se convertissent pas. En un mot, Mgr Monsengwo n’est pas candidat. Ne croyez pas qu’il a tellement envie d’exercer le pouvoir. Il l’aurait pris en 1997, il ne l’a pas pris.
Donc, il y a pas de raison pour que vous supposiez que Mgr Monsengwo tient tellement ŕ exercer Ile pouvoir politique. Le pouvoir que j’ai, est mille fois meilleur que le pouvoir politique męme si j’ai de l’estime pour le pouvoir politique étant donné que la politique est aussi une voie de sainteté pour les chrétiens qui l’exercent convenablement. Mgr Monsengwo n’est pas et ne sera pas candidat parce qu’il a autre chose ŕ faire d’exercer le pouvoir politique
Q : les congolais se souviennent de vous quand vous quittez la scčne politique. Vous disiez que vous étiez disposé ŕ offrir vos services si l’intéręt supérieur de la nation l’exigeait et qu’on vous le demandait. Cette disponibilité est-elle toujours de mise ?
R : Offrir ses services pour la nation ne veut pas dire ętre chef de l’Etat. J’étais ŕ la Conférence nationale pour aider le peuple congolais ŕ se définir un nouveau projet de société. Ce projet de société, on l’a défini. Il fallait faire une autocritique du passé pour établir les responsabilités des uns et des autres et donner un projet meilleur. Tout cela a été fait dans les 906 actes de la Cns et ils ont été approuvés par toute la classe politique et le peuple. Ce travail se trouve lŕ.
Malheureusement on l’oublie parce que nous sommes de la tradition orale et que nous ne nous référons pas beaucoup aux écrits. Je suis en train de rendre un grand service au pays ŕ Kisangani dans le cadre de Pax Christi qui est une Ong catholique qui s’occupe de la promotion de la paix dans le monde et dont je suis l’un des trois présidents, chargé particuličrement de l‘Afrique. Je rends un trčs grand service au pays en portant le message de la paix partout. L’essentiel n’est pas d’abord la gestion de la chose publique en tant que telle. Je n’ai jamais dit que je reviendrai prendre la magistrature supręme. Car, je vous le répčte. Si j’avais envie de prendre le pouvoir, j’étais en ordre utile constitutionnellement pour le prendre en 97. Je ne l’ai pas pris parce que ce n’est pas mon rôle.
Q. : Quand vous intervenez, les politiciens disent que vous n’avez pas de leçons de démocratie ŕ leur donner car l’église est monolithique.
R. L’Eglise n’est pas monolithique. Ce sont des gens qui connaissent trčs mat les structures de l’Eglise Catholique qui le disent. Si nous commençons par le Collčge des Evęques avec le pape, ils ont des actions collégiales. Il y a le collčge des cardinaux qui sont les conseillers du Pape. Au niveau des Evęques, il y a le Synode des Evęques qui est une structure de dialogue et de concertation. Le pape a la curie romaine qui sont ses collaborateurs les plus proches qui se réunissent tous les vendredis pour décider en écoutant l’avis de chacun sur ce qui doit ętre fait. Naturellement le pouvoir supręme appartient au pape. Quand il a écouté tout le monde la décision lui revient. Dans l’Eglise le pouvoir est donné d’en haut par Jesus-Christ. Au niveau national, le président de la Conférence épiscopale n’est pas chef d’un gouvernement. Il écoute les Evęques respecte leurs décisions et exécute ces décisions avec ses collaborateurs qui sont du Secrétariat général.
Et quand les Evęques sont réunis, le présidant n’impose pas ses vues. Il y a un tour de table, des échanges, de l’écoute et, ŕ la fin, il y a un vote qui intervient démocratiquement et c’est le vote de la majorité. Mais nous avons un avantage, c’est que contrairement ŕ la politique, nous nous referons ŕ l’Evangile. ŕ la vérité de foi pour décider. Ce qui n’est pas toujours le cas des hommes politiques par rapport ŕ la Constitution. Si vous allez dans un diocčse, il y a l’Evęque qui peut avoir des auxiliaires avec lesquels il travaille, il y a le conseil presbytéral, il y a le conseil pastoral qui est beaucoup plus représentatif. A ce niveau, il y a l’écoute de chacun: il y a un exercice démocratique.
L’Eglise est synodalité, c’est un chemin oů vont ensemble plusieurs personnes ou chacun parle, ou chacun écoute. Mais ces personnes qui ne doivent pas se dérober de leurs responsabilités (Pape, Evęques, Curés) doivent se référer ŕ leur conscience. C’est cela la différence entre la société et l’Eglise.
Q. : Quel regard avez-vous sur la transition ?
R : Les Evęques ont suffisamment parlé. En février, nous avons dit ce que nous pensions de la transition. Il y a des avancées certaines mais il y a des pesanteurs que nous déplorons sur lesquelles nous sommes encore revenus dans le message que nous avons donné au mois de juin. C’est notamment la conflictualité, la logique des composantes, au lieu de la logique de la réunification nationale, les pesanteurs dans la mise en oeuvre des lois organiques qui doivent faciliter la marche vers les élection. Nous demandions qu’on pense davantage au bien commun et au côté social sans s’enfermer dans des querelles de la classe politique ou des gouvernants.
Q. : Dans le cadre de la Cns, il y a eu un bon travail réalisé mais il n’y a pas eu d’application sur le terrain. Qu’est-ce que cela vous fait en tant que l’un des principaux artisans?
R : La Cns est un moment historique de notre nation. Il en restera un événement fondateur; on s’y référa encore. Et nous avons vu dans la confection des textes de Sun City qu’on s’est référé ŕ la Cns. Le malheur est que le peuple congolais donne toujours l’impression de recommencer indéfiniment son histoire et cela est dű probablement au fait de la tradition orale qui est la nôtre. (Il y a un autre élément que l’on peut avancer, c’est que les grands décideurs du monde n’ont jamais laissé le peuple congolais appliquer ses propres décisions, La Cns n’est pas l’affaire de Mgr Monsengwo. C’est l’affaire de tout le peuple congolais Et moi qui dirigeait la conférence, il y avait des moments oů je sentais qu’ŕ l’extérieur, le peuple n’était pas d’accord avec certaines choses qui se faisaient ŕ l’intérieur du Palais du peuple. Donc c’était un cheminement de tout le peuple.
Le fait qu’on ne l’ait pas appliqué, je l’appellerais un gâchis inutile dont le pays n’avait pas besoin. Ensuite, on doit simplement inviter les gens ŕ ce principe de droit romain « Pacta sunt servanda » (Il faut respecter les accords souscrits).
Q. : A l’issue de la derničre assemblée pléničre des Evęques de ha République démocratique du Congo, l’Eglise catholique a pris ses distances vis-ŕ-vis de l’Eglise Kimbanguiste. En avez-vous parlé avec les autres Eglises chrétiennes parce que beaucoup de choses ont été dites ŕ ce sujet?
R : Cette question n’a pas commencé seulement ici. Elle a commencé au Congo d’en face avec le conseil ścuménique des Eglises. L’Eghise catholique a suivi ce problčme pendant deux ans et si nos nous sommes décidés d’en parler, c’est parce que nous voulons éclairer nos chrétiens sur la réalité. Ce n’est pas un rejet de la confession religieuse kimbanguiste.
Nous avons simplement précisé en quelle qualité nos relations se feront désormais avec la confession religieuse kimbanguiste Puisque l’Eglise catholique dialogue avec les religions traditionnelles. (avec l’Islam, avec les religions paďennes, avec le bouddhisme, etc., nous attirons seulement l’attention des fidčles catholiques en leur disent l’évolution qu’a connue l’Eglise kimbanguiste au point d’identifier la trinité sainte avec les fils du prophčte Kimbangu ne nous parait pas conforme ŕ la foi chrétienne.
Et pour ces raisons, le dialogue qui se fait normalement entre chrétiens ne sera plus notre dialogue avec les kimbanguistes que nous considérons désormais comme une religion non chrétienne. C’est un jugement irrévocable. Est-ce rompre le dialogue ? Non. On continuera le dialogue mais pas en tant que dialogue oecuménique qui par définition est un dialogue entre chrétiens. Nous n’avons pas l’intention de polémiquer avec qui que ce soit si jamais cette difficulté disparaissait, c’est évident que nous ferons une déclaration qui statuera sur la Situation. Nous parlerons aux outres confessions religieuses pour leur communiquer parce que c’est ŕ partir de demain (Ndlr aujourd’hui) que nous allons commencer ŕ appliquer les décisions de la conférence dans leur exécution.
Last edited: 07/05/2006 01:06:20