Nonobstant l’ultimatum lancé par la hiérarchie du parti, les huit députés frondeurs du Rcd se cabrent sur leurs positions. Pendant ce temps, le courant réformateur récuse le leadership du président du Rcd
Une atmosphčre plutôt délétčre plane actuellement sur l’hémicycle du Palais du peuple depuis la fronde orchestrée dans les rangs du Rcd par huit de ses députés plus que jamais décidés d’en découdre avec les institutions en place. Les réactions recueillies auprčs des parlementaires se recoupent sur leur refus d’adhérer ŕ la démarche de Bizima Kahara et compagnie qualifiée de suicidaire et de lâche. La décision prise par les huit députés Rcd de suspendre leur participation aux travaux de l’Assemblée nationale passe pour un non événement au Palais du peu pie ou l’intéręt reste plutôt focalisé sur les matičres inscrites ŕ l’ordre du jour de la session extraordinaire ouverte depuis lundi 12 juillet dernier.
L’expression d’un ras-le bol longtemps contenu est perceptible sur les visages ŕ chaque fois qu’on aborde le sujet des « Banyamulenge ». Et l’on ne s’explique pas qu’ŕ un moment aussi capitale oů la question de nationalité est en passe d’ętre débattue au parlement pour un rčglement définitif, que des députés banyamulenge préfčrent aller plaider leur cause en dehors des canaux officiels. Le débat sur la nationalité qui promettait d’ętre houleux n’aura peut-ętre plus la męme ampleur ŕ la suite de l’escapade de la clique ŕ Bizima concernée au plus haut chef. Cette attitude qualifiée d’irresponsable procčde, entend t-on dire, d’un manque de justesse dans la lecture des faits politiques de la part de la bande ŕ Bizima qui vient de manifester par sa fugue, sa peur du débat.
Tout ce quo les huit députés Rcd avancent comme raisons pour justifier leur démarche est battue en brčche par la branche du parti restée fidčle ŕ la ligne directrice tracée par Azarias Ruberwa. Au-delŕ des revendications exprimées par le groupe de huit, qui tournent essentiellement sur le besoin d’éclaircissement sur les massacres des banyamuhenge dans les récents événements de Bukavu, Lola Kisanga (porte-parole du Rcd et ministre du travail et de la prévoyance sociale) perçoit une tentative de fuite en avant.
Loin de céder au vil chantage venant de Goma d’oů les députés ŕ la solde de Bizima se sont repliés, Lola Kisanga pense qu’ils cherchaient simplement ŕ contourner la décision du collčge des fondateurs visant ŕ pourvoir ŕ leur remplacement ŕ l’Assemblée nationale pour cause d’absentéisme. Ainsi donc, un ultimatum qui court déjŕ, de cinq jours, a-t-il été donné aux huit députés pour regagner les rangs et participer aux travaux de la chambre basse, sans quoi, ils seraient considérés comme démissionnaires et par conséquent, remplacés au parlement et, le cas échéant, exclus du parti.
En dépit de cet ultimatum, Bizima et ses compagnons se cabrent dans leur position faisant accréditer la thčse qu’ils cajolent un agenda cache aux contours flous, Et déjŕ, le fait de ressasser sur le repli ŕ leurs positions initiales des 10.000 soldats envoyés derničrement ŕ l’Est de la Rdc pour aider ŕ la restauration de l’autorité de l’Etat, ŕ leurs yeux composés essentiellement des ex Far et des Interhamwé, laisse penser qu’il y a anguille sous roche. Ce qui fait dire ŕ maints analystes que les députés Rcd seraient ŕ la recherche du moindre alibi pour justifier une nouvelle rébellion et ainsi mettre en mal le processus de transition qui poursuit son bonhomme de chemin.
Mauvaise posture
Cette fronde signée Bizima Kahara et ses acolytes ne vient qu’exacerber la tension au sein du Rcd dont ha hiérarchie n’a plus le contrôle de ses membres. Déjŕ ŕ l’époque, il avait été fait état de la fracture entre la hiérarchie militaire du parti basée ŕ Goma et la structure politique basée ŕ Kinshasa. Cette fracture s’est creusée davantage depuis insurrection armée amenée par le duo Nkunda-Mutebusi. Aujourd’hui encore, avec l’escapade de Bizima et autres, on croit savoir qu’une autre aile du parti réclamant une certaine autonomie d’action, serait en gestation ŕ l’instar du courant réformateur, trčs en verve ces temps derniers.
Cette aile dissidente a, en effet, tenu un point de presse récemment dans lequel elle récuse le leadership de Me Azarias Ruberwa. Tout en condamnant la démarche du groupe de huit députés, le courant réformateur invite la base du parti ŕ se débarrasser d’Azarias Ruberwa qui n’offre pas des garanties nécessaires dans la perspective des joutes électorales. Pour le courant réformateur, le Rcd doit instaurer en son sein un débat démocratique et se démarquer de la dictature incarnée par son président Azarias Ruberwa.
Tous ces sons discordants qui fusent de partout pour remettre en cause l’idéal du parti, ne sont pas de nature ŕ rassurer et augurent, si non n’est fait dans l’entre-temps pour racoller les morceaux, des sombres perspectives pour le Rcd. Le parti est visiblement entrain de sombrer. Ceci exige dans l’urgence, la tenue d’une session des instances du parti pour l’amorce d’une réelle introspection pouvant lui permettre de faire le toilettage qui s’impose. En attendant, Azarias Ruberwa qui fait face ŕ la crise la plus dure de l’histoire de son parti, aura vu son image de marque s’effriter sensiblement au sein d’une opinion publique qui absorbe tout, parfois sans le discernement qu’il faut...