L’audience de lundi au tribunal de la Haute Cour militaire a été consacrée ŕ la poursuite de l’instruction une ŕ une des 24 préventions mises ŕ charge du Colonel Alamba dans le procčs des présumés assassins de Stčve Nyembo. La séance du jour a été centrée sur le grief additif de détournement des biens saisis parmi lesquels la villa sise au numéro 111 de l’avenue Roi Baudouin, accusation que la défense a catégoriquement rejetée en demandant la production par le Ministčre public des preuves établissant la flagrance de l’inculpation du Colonel Alamba
Le prévenu Colonel Alamba a comparu lundi devant les juges de la Haute Cour Militaire pour répondre de la tentative lui imputée par le Ministčre public de détournement de la villa sise au n° 111 de l’avenue Roi Baudouin dans la commune de la Gombe ŕ Kinshasa, accusation additive aux 24 griefs du dossier de l’inculpation du Colonel dans le procčs des présumés assassins de Stčve Nyembo.
L’organe d’accusation a établi contre le Colonel Alamba le grief de tentative de détournement de la villa en cause jadis habitée par la condamnée Nelly Tuite, ancienne secrétaire de feu Président Laurent-Désiré Kabila, en indiquant que le Colonel avait complaisamment attribué ŕ son ami et complice Alain Poussy ladite villa faisant partie des biens saisis gérés par l’ex-Cour d’ordre militaire, sans la restituer ŕ son prétendant propriétaire répondant au nom de Nzambo qui avait fait prévaloir ses plaintes devant la Haute Cour Militaire.
« Le dossier que je détenais de la propriété de Nzambo sur cette villa renseignait que ce dernier n’était pas le vrai propriétaire », a déclaré le Colonel Alamba en se défendant d’avoir attribué verbalement cette maison ŕ Alain Poussy qui en avait fait la demande verbale aussi pour installer ses bureaux, parce qu’il fallait l’occuper au lieu de la laisser comme un bien abandonné certes gardé par des militaires.
Le Colonel Alamba a expliqué que plusieurs personnes revendiquaient la propriété de la maison querellée dont trois prétendants parmi lesquels M. Guy Bomboko, la succession Nendaka et M. Nzambo lui avaient présenté chacun un certificat d’enregistrement original des titres fonciers. Il a révélé qu’il avait toutefois eu des informations sur la réalité du dossier, information selon lesquelles, la villa disputée aurait appartenu ŕ la société Intercafeza lancée en RDC par un exploitant agro-industriel italien du nom de Paraficini qui se serait associé avec MM. Justin Bomboko (pčre de Guy Bomboko) et Victor Nendaka, « actionnaires fictifs » selon l’expression du Colonel Alamba.
La société Intercafeza connut des déboires et a dű ętre liquidée par l’entreprise Coopers, mais une des personnes revendiquant des parts cherchera ŕ acquérir la villa auprčs du liquidateur qui en réalité n’avait pas opéré la vente, de sorte que le litige autour de la propriété de la maison est demeuré, raison pour laquelle, a démontré le Colonel Alamba, les services de la présidence de la République la détiennent et y avaient installé ŕ son temps l’ancienne Secrétaire Nelly Tuite.
Le Colonel Alamba a conclu que si l’Organe de la loi dit de maničre péremptoire que la villa revient ŕ Nzambo, c’est son droit, mais que lui avait estimé au temps oů il assumait les charges de Procureur militaire qu’il ne devait pas aliéner un patrimoine revenant ŕ l’Etat jusqu’ŕ clarification du litige.
Le Ministčre public est revenu ŕ la charge en remettant ŕ l’instruction le dossier des véhicules du lot des biens saisis que le Colonel Alamba gérait également pour incriminer ce denier d’en avoir abusé jusqu’ŕ l’accuser d’avoir vendu ŕ Alain Poussy encore une Toyota Land Cruiser ayant appartenu au Général Yav condamné ŕ mort dans le procčs des assassins de Mzee Laurent-Désiré Kabila, tandis qu’a été réclamée sans suite la destination d’une voiture Mercedes 200 jamais récupérée par l’Officier du Ministčre public auprčs du Colonel Alamba.
La défense du Colonel Alamba a persisté ŕ dire que celui-ci n’a jamais vendu ŕ Alain Poussy la fameuse Toyota Land Cruiser qui avait été confiée ŕ un mécanicien du nom de Senghor. C’est auprčs de celui-ci que Poussy avait acheté ce véhicule comme l’intéressé n’avait cessé de le déclarer lors de son passage ŕ la barre. Quant ŕ la voiture Mercedes 200 portée disparue, la défense d’Alamba considčre qu’il revient ŕ l’Officier du Ministčre public d’effectuer les recherches pour la retrouver parce que dans son état d’arrestation, le Colonel Alamba est dans l’incapacité de le faire.
Les réparties sont allées de plus belle entre l’Organe de la loi et la défense d’Alamba, la premičre partie déclarant que le fait que ni Alain Poussy ni Alamba n’identifiaient pas autrement le garagiste Senghor prouvait qu’il s’agit d’un personnage fictif et que donc la tractation de vente est passée directement entre les deux prévenus, ce qui n’est pas de l’avis de la deuxičme partie s’en tenant ŕ exiger de l’accusation de tout mettre en śuvre pour trouver le fameux Senghor.
Le Ministčre Public cherchant ŕ démontrer la complicité avérée entre le Colonel Alamba et M. Alain Poussy dans les combines des détournements des biens saisis a évoqué un autre grief dans le fait de leur transmission des notes confidentielles pendant leur détention dans des cellules différentes ŕ la Demiap, les services de sécurité militaire.
Alamba victime de ruse ?
La Cour a donc demandé au Colonel Alamba de s’expliquer sur les notes qu’il se permettait de transmettre ŕ son co-détenu Alain Poussy, l’échange de correspondance dans un lieu de détention constituant une infraction punissable par la loi. Le Colonel s’en est défendu en révélant que c’est un officier de la Demiap répondant au nom d’Anicet qui avait usé de ruse en le poussant ŕ écrire au co-détenu Alain Poussy qui se serait fâché d’apprendre qu’on l’avait arręté ŕ cause de lui Alamba.
Le Colonel déclarera qu’il avait décidé d’écrire les notes pratiquement réclamées par l’officier Anicet pour apaiser Alain Poussy en lui signifiant son innocence dans le dossier qui les incriminait mais que c’est ŕ la production de toute la confidentielle correspondance ŕ la Commission d’enquęte qu’il sera stupéfait de comprendre le pičge dans lequel il avait donné en réalisant que lesdites notes n’étaient sans jamais parvenues ŕ leur destinataire Alain Poussy.
Le prévenu Colonel Alamba s’en est alors pris ŕ la méthode de la ruse utilisée par le Ministčre Public pour obtenir des renseignements de sa part en recourant au service de l’officier Anicet qui n’a jamais été cité au procčs. « Primo, a déclaré le Colonel prévenu, je ne savais pas que les détenus ne doivent pas communiquer. Secundo, poursuivra-t-il, on est venu me solliciter d’écrire ŕ Alain Poussy. Tertio, a-t-il renchéri, je suis magistrat, dites-vous, mais la premičre question que l’on devait se poser justement dčs le départ est pourquoi un magistrat a-t-il tué Stčve Nyembo, car tout crime, surtout un meurtre aussi horrible doit trouver une explication, soit comme un acte de vengeance ou un acte de représailles, ce qui est pire. Qu’est-ce que Stčve a pu faire pour que le magistrat Alamba qui n’a pas de relation avec lui arrive ŕ le tuer ? Voilŕ le pourquoi ŕ débattre ! Tuer sans raison, c’est déjŕ une raison ! ».
Le Colonel Alamba parti sur cette envolée a indiqué que tout le montage de son implication non démontrée dans le meurtre de Stčve est la démonstration que cette affaire n’a servi que d’occasion de le lui coller pour le couler dans des poursuites sur un tout autre domaine, celui de sa gestion ŕ la Cour d’ordre militaire pour laquelle il s’est fait beaucoup d’ennemis mécontents de lui ou tout simplement envieux des pouvoirs étendus dont il jouissait ŕ cette période d’exception.
La défense du Colonel Alamba représentée par Me Ntamirira a relayé les dépositions de son client en rétorquant d’abord ŕ la partie civile sur les infractions d’échange de correspondance dans le lieu de détention ŕ la Demiap et de mutations considérées d’irréguličres des biens saisis qu’il ne s’agissait pas de griefs intéressant les intéręts du dossier de la mort de Stčve que les avocats concernés représentent.
Me Ntamirira s’en est ensuite pris au Ministčre public pour son recours ŕ la ruse dans l’obtention de la correspondance incriminée au lieu de détention ŕ la Demiap en indiquant que la ruse en justice est dénoncée comme une pratique prohibée et punissable dans le chef de celui qui y recourt, notamment l’OMP assumant l’acte de son officier Anicet par-dessus le marché soustrait des citations au procčs.
La défense est allée plus loin pour demander si l’OMP a seulement exploité ŕ bon escient les notes incriminées notamment lorsqu’il y est abondamment fait mention d’aveux d’innocence de l’inculpé Charles Alamba dans le crime qu’on lui fait porter ? Quant ŕ la série d’attributions des biens saisis considérée d’abus de pouvoir pour lequel le prévenu récuse le cadre de débat en considérant que la tribune du procčs n’était pas appropriée pour rendre compte des problčmes de sécurité imbriqués, le Colonel Alamba et son avocat en ont appelé ŕ la sagesse des Hauts magistrats militaires composant la Cour pour se prononcer selon leur appréciation des faits.
L’officier du Ministčre Public a pour sa part relancé sa sagacité en persistant dans l’établissement des incriminations aussi bien de la tentative de détournement de la villa du n° 111 de l’avenue Roi Baudouin, de la vente de la Toyota Land Cruiser tout comme de la disparition de la voiture Mercedes 200. Le Colonel Nyembwe assumant le rôle du Ministčre public a fustigé ce qu’il a considéré comme des refus de la part du prévenu Colonel Alamba de reconnaître ses infractions en invoquant des alibis de ses fonctions d’agent de renseignement derričre lesquelles il se retranche en pratiquant ainsi une sorte de terrorisme judiciaire quand il méconnaît des violations de loi notamment en la matičre de mutation de propriétés !