L’instruction du prévenu Colonel Alamba se poursuit au tribunal de la Haute Cour Militaire devant laquelle comparaissent depuis début mars les présumés assassins de Stčve Nyembo. L’audience de lundi a planché sur la vérification de l’utilisation, par la bande des tueurs en cause, de la voiture Mercedes détenue par le Colonel Alamba qui, selon l’accusation, l’aurait expressément mise ŕ leur disposition dans le cadre de l’orchestration du crime. Ladite voiture ayant appartenu ŕ M. Leta Mangasa, condamné ŕ mort dans le procčs des assassins de Feu Mzee Laurent-Désiré Kabila, fait partie du lot des biens saisis dans ce dossier.

Le Général Nawel Mukongo qui préside la Cour a appelé en premier lieu ŕ la barre le prévenu Costa qui avait expliqué le scénario du meurtre pour confirmer ses premičres dépositions sur la voiture utilisée au transport sur le lieu du crime. Costa a persisté ŕ indiquer que ladite voiture était bel et bien la Mercedes 300 de couleurs grise garée actuellement dans l’enceinte de la Haute Cour Militaire et qui est reconnue avoir été détenue par le Colonel Charles Alamba.

Le juge principal a ensuite fait appel au prévenu Mukefu, chauffeur du Colonel Alamba pour qu’il atteste le cadre dans lequel il avait reçu la voiture en question pour la remettre aux tueurs. Mukefu déclarera qu’ŕ son arrestation le 3 novembre il ne savait rien de cette voiture, raison pour laquelle le P.V. de sa premičre audition n’en faisait aucune mention. La Cour a fait remarquer ŕ Mukefu que dans les autres P.V. qui ont suivi, le męme Mukefu y donne des détails sur sa réception de la voiture qu’il avait ensuite remise ŕ Kaseke, afin que ce dernier la confie ŕ Mafishango pour le transport de la bande des criminels vers la maison de Stčve.

Des faits précis ŕ prouver

Mukefu a répondu ŕ cette préoccupation en indiquant qu’il avait décrit le scénario de cette remise de voiture aprčs torture et sous l’instigation des O.P.J., notamment le Commandant Bona qui, appelé ŕ son tour ŕ la barre déclarera, selon ses propres termes, que « c’est lui-męme Mukefu qui indiquait tout. Je déplore, soulignera-t-il, que l’on continue ŕ mettre mon nom sur la bouche des prévenus ».

Le Premier Président de la Cour en arrivera ŕ appeler ŕ la barre le prévenu Colonel et lui poser la question suivante, ŕ savoir : « Ce véhicule Mercedes, Bona dit qu’on l’a retrouvé chez Boris et qu’on l’a utilisée le jour du meurtre. Qu’en dites-vous ? ».

« Ce sont des faits précis qu’on allčgue, il faut qu’on les prouve », a répondu le prévenu Colonel Alamba ajoutant que : « De prime abord je n’ai jamais remis ce véhicule ŕ Mukefu. Le dimanche 28 septembre (jour du crime tard dans la nuit et aux petites heures du 29 septembre), aprčs le culte, je me suis rendu ŕ la piscine avec ma famille vers 15 heures. Je n’ai jamais vu Mukefu ce jour-lŕ ».

Colonel Alamba a poursuivi ses dépositions en indiquant que « quelque part dans les dossiers on déclare que j’ai remis la voiture ŕ Mukefu ŕ 9 heures en présence d’Emile Kaseke. Ailleurs on dit que la voiture n’avait jamais quitté la parcelle de Boris qui confirme que le męme 28 septembre il l’avait retrouvée ŕ son retour ŕ 22 heures, alors qu’il a été soutenu qu’ŕ cette heure-lŕ la voiture était entre les mains des tueurs et conduite par Mafishango ».

Le prévenu Colonel Alamba relčvera une autre indication révélatrice ŕ ses yeux des confusions dans le montage du scénario considéré d’invraisemblable. Il dira en effet que « selon un des P.V., Mukefu m’a remis la voiture aprčs le crime au niveau de l’Utexafrica ŕ 4 heures du matin. En plus, aprčs la remise, j’ai échangé ladite voiture avec le véhicule dans lequel je me trouvais pour prendre la Mercedes et me rendre chez Alain Poussy, suivi par Mukefu ŕ bord du tout terrain lui confié, alors que je n’ai jamais été chez Alain Poussy. Si la Mercedes était remise lŕ, les gardes dans la parcelle devaient le remarquer. La vérité est que la voiture garée chez Boris était en panne et n’y avait pas bougé. Est-ce que je réfléchis ou pas, tout officier que je suis, pour remettre cette voiture dans cet état afin d’opérer ? ».

L’OMP Colonel Nyembo convaincu de la voiture qui a opéré

Le Ministčre public représenté par le Colonel Nyembwe reviendra ŕ la charge pour présenter ce qu’il a appelé le constat selon lequel « les prévenus Mukefu et Costa, Mafishango, Emile Kaseke et consorts ont reconnu cette voiture, de męme que tous ceux qui ont déposé en ce sens reconnaissaient avoir opéré… donc c’est cette voiture qui a servi ŕ cette opération ».

« En conclusion, clamera le Colonel Nyembo, nous estimons et sommes convaincus que la voiture qui a opéré est celle-lŕ. Quant ŕ la panne, il ne peut en ętre question, puisque lors de la récupération par les enquęteurs de cette voiture commise ŕ des missions clandestines selon les déclarations du Colonel Alamba lui-męme au prétoire, elle avait été retirée aisément pour ętre emmenée ici. Les faits sont suffisamment établis en ceci que les opérateurs du crime ont reconnu la voiture. Qu’est-ce qu’on peut encore chercher comme preuve pour dire que ce n’est pas cette voiture qui a servi ŕ l’opération ? ».

La défense du prévenu Colonel Alamba représentée par Me Ntamirira fera demander ŕ la Cour que soit expliqué le revirement qualifiée de spectaculaire du chauffeur Mukefu entre ses déclarations dans son premier P.V. d’audition le jour de son arrestation et ceux qui ont suivi aprčs et dans lesquels il avait rejoint les affirmations correspondantes ŕ celles de Costa.

Me Ntamirira a laissé entendre que Mukefu a subi les tortures que le concerné a attestées lui-męme, tandis que l’un des tortionnaires indiqués, le Commandant Bona en l’occurrence, démentira encore cette accusation en déclarant ce qui suit : « On n’a jamais recouru ŕ des tortures. Ce qui s’est passé est facile ŕ comprendre. L’avant midi Mukefu a menti et l’aprčs midi il a dit la vérité ».

Note suspecte d’Alamba ŕ Abedi

La Cour a fait comparaître également ŕ l’audience de lundi un témoin répondant au nom de Abedi Mbale Sakuba Wakomba qui s’est identifié en président national de l’asbl Association des handicapés. Le concerné qui avait été convoqué dans les services de sécurité militaire (Demiap : Détection militaire des activités anti patrie) en rapport avec l’inculpation du Colonel Alamba dont il reçut une note suspecte lui recommandant de ne pas signaler ce qu’il venait de faire chez les Arabes est la personne qui a indiqué aux enquęteurs l’emplacement de la voiture Mercedes 300 chez Boris.

M. Abedi avouera devant la Cour n’avoir rien compris au sens de la note lui envoyée par le Colonel Alamba au moment oů ce dernier était encore détenu ŕ la Demiap aprčs son arrestation. Le Juge principal Général Nawel a aussitôt demandé au prévenu Colonel Alamba de s’expliquer sur sa note ŕ Abedi.

Le Colonel Alamba a expliqué que d’abord la nouvelle de l’arrestation d’Abedi lui rapportée dans sa cellule ŕ la Demiap l’avait intrigué. Il en déduira que ses adversaires qui le traquaient, selon lui, étaient également aux trousses de ses proches, tel M. Abedi, un handicapé menant des actions humanitaires et ayant bénéficié de beaucoup d’aides étrangčres, notamment des pays arabes visités en compagnie de l’épouse du Colonel.

Ainsi, sachant, toujours selon le Colonel Alamba, que son ami Abedi allait ętre malmené parce que, soulignera-t-il, « l’habitude de nos agents, dčs qu’ils vous arrętent, est de vous piller et vous ravir tout ce que vous possédez », le Colonel déclarera avoir voulu conseiller Abedi au travers de la note, que du reste le garde qui lui avait apporté la nouvelle voulait qu’il écrive, pour le prévenir de l’accaparement de ses biens par les policiers. « J’avais raison, a conclu le Colonel Alamba, puisque j’avais appris plus tard que les biens qu’Abedi avait acquis dans ses missions avaient été arrachés ».

Le Premier Président de la Cour a déploré la conduite dénoncée au procčs par le Colonel Alamba et a recommandé de faire vérifier l’information sur cette usurpation. M. Abedi a pour sa part reconnu la saisie des biens personnels qui furent restitués plus tard sur instruction du Colonel Makelele, l’actuel auditeur général des Forces armées prčs la Haute Cour Militaire.

Pas de vacuité de la preuve

L’audience s’est poursuivie aprčs l’intermčde d’Abedi avec la montée au créneau de trois nouveaux avocats constitués partie civile Stčve Nyembo pour renforcer le collectif de cette partie appuyant l’argumentaire de l’accusation selon lequel les preuves réclamées par le prévenu Colonel Alamba sont superfétatoires dčs lors qu’il s’agit d’un procčs pénal dont l’objet est établi dans l’effectivité du crime commis. La défense du Colonel a aussitôt attaqué cet argumentaire en faisant remarquer que « la liberté de preuve ne doit pas ętre la vacuité de la preuve ».