Kinshasa, 09.05.2001 - Ludo Martens, spécialiste de la Rd-Congo, a passé entre juin 1997 et février 2001, beaucoup de son temps dans ce pays, notamment à Kinshasa. Ami d'un grand nombre de responsables du nouveau régime, il a suivi de près l'émergence d'un Congo indépendant et anti-impérialiste, puis les ravages de la guerre. Dans l'interview qui suit, il brosse la situation qui a prévalu au Congo sous Laurent-Désiré Kabila ainsi que les réalités actuelles.
Etiez-vous au Congo au moment de l'assassinat du Président Kabila ?
Ludo Martens : Je suis arrivé à Kinshasa le lundi 15 janvier à 23h00. Le lendemain à 13h00, le Camarade Kabila a été abattu... Le soir vers 22h00, la Belgique a annoncé, par la bouche de Louis Michel, qu'elle était sûre que Kabila était mort. Comme si elle voulait provoquer des troubles, puisque le gouvernement congolais a déclaré que Kabila était gravement blessé mais vivant. Le PTB m'a téléphoné pour me dire que je devais rentrer directement, qu'il avait des informations indiquant que ça allait éclater, que des commandos se trouvaient déjà à Kinshasa. Au même moment, j'entendais vaguement parler quelqu'un à la radio nationale de l'assassinat de Lumumba, le 17 janvier 1960. Il disait que les mêmes méthodes étaient utilisées aujourd'hui contre Kabila. Et, tout à coup, j'ai reconnu ma propre voix. C'était une rediffusion d'une émission que j'avais enregistrée le 17 janvier 2000...
Comment avez-vous connu Laurent-Désiré Kabila ?
Je connaissais son rôle dans la révolution populaire de 1964-68 déclenchée par Pierre Mulele. Kabila était alors le commandant du Front de l'Est, où Che Guevara a combattu en 1965. Début des années 70, nous sommes entrés en contact avec le Parti de la Révolution Populaire que Kabila dirigeait et qui maintenait une guérilla à l'Est. Lorsque le Parti du Travail de Belgique a tenu son premier congrès, il a voulu souligner l'importance qu'il attachait à la solidarité entre les révolutionnaires belges et congolais. Le PTB a invité une seule délégation étrangère, celle du PRP. C'est ainsi que Kabila a fait un discours à notre congrès, le 2 novembre 1979. Depuis lors, je l'ai rencontré trois fois avant que commence la lutte de libération en octobre 1996. Et depuis qu'il est devenu Président du Congo, j'ai fait 12 voyages à Kinshasa. J'ai passé presque toute l'année dernière là-bas.
Qu'est-ce qui vous a le plus frappé depuis trois ans que vous visitez le Congo ?
Que les Etats-Unis y commettent un véritable génocide dans l'indifférence générale. Pourtant, c'est un institut américain qui a calculé, en mai 2000, l'augmentation des taux de mortalité dans les territoires occupés par les armées rwandaise et ougandaise. Il a chiffré un "surplus" de 1.700.000 morts, dû à la violence et aux conséquences de la guerre et de l'occupation. Et chaque mois qui passe, 100.000 autres Congolais meurent en surnombre. Cela nous amène à 2.700.000 morts au 1er mai 2001, rien qu'à l'Est. Dans les territoires libres et notamment à Kinshasa, la mortalité a aussi augmenté. On dépasse donc largement les millions de victimes de la guerre. A suivre.
[i]L'Avenir du 09.05.2001[:i]