Pascal Tabu Ley est un monument de la musique congolaise. C’est le côté volage de sa vie conjugale qui le singularise. Du moins jusqu’ŕ présent, il a épousé ou vécu maritalement avec trente-trois femmes. D’elles, il a eu quarante neuf enfants
Pascal Sinamoy alias Seigneur Tabu Ley, un monument, un « honorable » de la musique congolaise qu’on ne présente plus. Un auteur compositeur prolixe mais aussi un bourreau des coeurs irréductible : 33 femmes recensées, 49 enfants reconnus tous ŕ sa charge.
Ci-dessous le « portrait » d’un homme dans une dimension insoupçonnée jusqu’alors: un pčre poule, un papa responsable, un musicien comme on n’en rencontre plus…au congo.
Au plus fort de deuxičme guerre mondiale, l’humanité est en ébullition. Ca bouge partout. Au Congo-Belge aussi. Mais dans la petite localité de Bagata, perdue dans l’actuelle province de Bandundu, c’est la sérénité. Hors du contexte mondial, les gens y vaquent ŕ leurs occupations la pęche, la cueillette ou encore la chasse. C’est dans ces circonstances internationales et locales que le petit Pascal, futur seigneur de la musique congolais, naquit le 13 novembre 1940 ŕ Bagata, en terre yanzi, somme toute, une naissance sans histoire.
Le destin n’attendra pas longtemps, le petit Pascal, ŕ peine deux mois, dira adieu ŕ son village natal. Il n’y reviendra plus jamais.
Les effets de la guerre frappant ŕ plein fouet les économies, le Congo-Belge n’est nullement épargné. La misčre s’installe dans les campagnes et jette les populations sur les routes de l’exode rural. Des familles entičres arrivent dans les grands centres, particuličrement Léopoldville. Dans la foulée, les parents de Tabu Pascal débarquent ŕ Kinshasa. Dans les années 40 et 50, Kintambo, Kalina et Kin-Malebo, au coeur de la capitale du Congo, baignent dans une ambiance folle d’une cité indigčne en plein épanouissement. Les nuits sont chaudes, la population est hétérogčne, démunie, certes, mais chaleureuse. C’est dans ce contexte que va grandir Pascal Sinamoy au milieu de ses petits compagnons d’enfance comme Dominique Sakombi Inongo, Mozagba Dugba, Bofosa Wambe’a Koso, Stéphane Kitutu O’Leontwa.
LE DIVORCE DE SES PARENTS
A cette époque, trois grandes entreprises ŕ chartre créées par la puissance colonisatrice dans le cadre du commerce triangulaire dominent l’économie congolais. Il s’agissait de Kadel, de l’Union miničre du Haut-Katanga (UMHK) et de la Société des chemins de fer du Congo (Otraco) oů travaillait M. Sinamoy, le pčre de Pascal Tabu, en qualité de batelier. Les Congolais qui travaillaient dans ces sociétés jouissaient d’un statut social bien valorisant par rapport ŕ leurs compatriotes d’autres sociétés. Tabu Pascal évolue et est élevé par des parents assez aisés. Mais les absences longues et répétées du pčre gâchent l’atmosphčre familiale. Papa Sinamoy passait des jours, parfois des mois sur le fleuve Congo. Entre-temps les oncles maternels (feu Gaston et Atel, qui résidaient sur rue Lac Moero, dans la commune de Kinshasa et, ensuite Gaeta Longin Osey) s’occupent tant bien que mal du neveu. La stérilité secondaire de la mčre du petit Sinamoy Pascal (de son vrai nom ŕ sa naissance) alimente la discorde entre les parents. Rien n’empęchera plus le divorce. Les conseils des amis, les palabres n’arrangeront rien. Nous sommes en 1958, Pascal a 18 ans, quand le divorce est prononcé.
Son pčre se remarie avec une autre femme avec laquelle il eut neuf enfants. A dix dans la famille, Tabu Ley chante de moins en moins sa solitude, bien que sa mčre vive seule avec lui. Mais cependant, Tabu Ley, s’il cache sa position de fils unique, dissimule mal sa souffrance.
Le divorce prononcé, le petit Pascal est pris en charge par ses oncles maternels. C’est pour cette raison qu’il leur vouera un culte particulier. A l’exemple de ses oncles, il élčve ses neveux.
UNE VOCATION DE PRETRE RATEE
A trois ans, le petit Pascal découvre l’école avec les autres jeunes gens du quartier.
A douze ans, il entre chez les pčres de la Congrégation Scheut de la paroisse Sainte-Anne (Collčge Elikya), la premičre école catholique de la ville de Kinshasa. C’est dans cette prestigieuse école que ses maîtres découvrent en lui une vocation de prętrise. Avec M. Kangafu et le docteur Ebene, Pascal Tabu est retenu pour aller au petit séminaire de Bokoro, au Maď-Ndombe, dans la province de Bandundu. Au séminaire, le petit Pascal, pieux et fervent chrétien, est apprécié par ses professeurs. Malheureusement, sa vocation ne fera pas le poids devant les traditions.
Fils unique de sa mčre, la coutume veut que le jeune Pascal se marie. Pascal s’oppose. Mais sa famille exerce sur lui de fortes pressions. En fin de compte, Tabu Ley quitte le séminaire la mort dans l’âme. La cause est entendue. Sinamoy Pascal ne deviendra jamais prętre.
Une vocation s’en va, une autre arrive. La médecine intéresse Tabu Ley. Sa mčre veut faire de lui un médecin. Il fera la connaissance de MM. Daudet, Nzeza et du docteur Tawab ; Pascal passe six mois en gréco-latine avant de poursuivre des études en section commerciale ŕ l’Institut Saint-Raphaël. Il les termine le 6 juin 1959.
PAPA POULE
L’adolescent calme entre en contraste avec l’âge adulte, plus riche en événements. D’abord fonctionnaire puis musicien... entre les deux professions, c’est le côté volage de sa vie conjugale qui le singularise. Du moins jusqu’ŕ présent, Rochereau a épousé ou vécu maritalement avec trente-trois femmes, dont vingt-quatre Congolaises et une de chacun des pays suivants Congo-Brazzaville, Rwanda, Angola et Afrique du Sud. Parmi ses épouses, on compte aussi ses musciennes et danseuses. De ses trente-trois femmes, Tabu Ley a eu quarante neuf enfants. Mowana Mbuku Thérčse, dit Mčre Tété (ou Adios Tété), sa regrettée épouse légitime lui en a donné neuf Mireille Mokono « Mundi », sept, M’Bilia Bel, une de ses musiciennes, une fille et... Onya, une de ses danseuses, un garçon. Véritable papa poule, Tabu Ley s’occupe de tous ses rejetons et les entoure d’une sollicitude paternelle sans faille.
La plupart de ses enfants - encore en âge de scolarité - poursuivent leurs études dans différents pays aux frais de leur géniteur; d’autres sont soit mariés - surtout les filles - ou se trouvent sous la charge de leurs mamans. Mathieu Tabu, paix ŕ son âme, l’aîné de ses enfants, issu d’une premičre union de sa jeunesse en 1959 (la mčre de cet enfant résidait dans la commune de Matete, au quartier Mongo) est mort et enterré ŕ Bobigny (France).
Sa derničre femme connue ŕ Paris, avec laquelle il s’était marié officiellement, c’est la Franco-Centrafricaine Irčne Banya qui le traquait pour cause d’abandon. Tabu Ley lui aurait préféré Nadine, morte en juillet 2003, ŕ Kinshasa.
UN FIN DRAGUEUR
Le vedettariat - et non une volonté délibérée - est ŕ la base de
cette situation familiale. Pour Tabu Ley, ce drame, s’il en est un, est dű aux femmes elles-męmes. La faute leur incombe. Car lui-męme ne se reconnaît pas fin dragueur. D’ailleurs, au cours d’une de ses nombreuses conversations sur de sa vie, il m’a dit: « J’avais entre 18 ou 20 ans quand toutes ces femmes me couraient aprčs. Tel fut le cas de la maman de ma fille Nene Tabu, la nommée Lelo. Je l’ai connue dans la ville de Moanda, dans la région du Bas-Congo, aprčs un spectacle de mon orchestre. Elle était toute petite. Alors que je me trouvais dans la salle en train de me produire, elle s’est glissée - je ne sais comment - dans ma chambre d’hôtel. A la question de savoir comment elle a pu pénétrer jusque dans ma chambre ŕ coucher, au lieu d’une réponse, elle s’est mise ŕ pleurnicher et m’a lancé: « Si tu ne me prends pas dans tes bras, je me suiciderai car je te cherche depuis longtemps ». A la vue de cette mulâtre cabindaise, je n’avais pas résisté ŕ l’envie de la découvrir... et la petite Nene naquit neuf mois aprčs ».
ET LE CHOIX ?...
« Mon choix se porte souvent sur une femme dotée d’une bonne constitution physique: un bon corps, des jambes élancées, laides ou pas, le reste c’est mon affaire ».
Une autre victime de ses conquętes: Mireille Mokono, que Rochereau aime malgré ses escapades. Elle est la seule ŕ qui Rochereau pardonne toutes ses bętises. Elle va, elle revient, elle a toujours sa place dans le coeur de l’artiste.
IL AIME EMBELUR LES FEMMES
Oui, Rochereau a eu ŕ embellir les femmes qu’il rendait célčbres aprčs. Tel est le cas de « mčre Tété, pčre médecin, Marie-Thérčse Yoka, l’une des premičres danseuses de son Olympia de Bruno Coquatrix, pčre ancien gouverneur du Shaba, Mbelenga (cousine du défunt maréchal Mobutu Sese Seko), Eboma, Nadine, toutes décédées, Eulalie, Melanie Assemekang (fille de l’ancien procureur général de la République du Congo-Brazzaville), Mundi Mireille, une ex-Miss Congo, Mbilia Bel, Faya Tess, Irčne Banya.
C’est un drame pour les stars ou tous ceux qui ont une vie publique des stars. Les femmes leur courent aprčs, elles cherchent toujours ŕ avoir un enfant d’eux, alors qu’ils n’ont pas toujours le temps ni les moyens de s’occuper de leurs rejetons.
Si les femmes courent aprčs Tabu Ley, l’artiste aussi ne manque pas l’occasion de leur rendre la pareille. Pour la conquęte de certaines femmes, Tabu Ley a recouru ŕ certains hommes de main comme Fely ya mama et un certain Mukala. D’ailleurs, il le dit lui-męme: « Celui qui me trouvait la plupart de ces femmes, c’était Mukala ŕ qui j’ai męme dédié une chanson devenue célčbre : « Mukala ». Dans cette chanson, je disais littéralement ŕ toutes ces femmes qui me couraient aprčs qu’elles n’avaient qu’ŕ s’adresser ŕ Mukala, lequel avait toutes mes coordonnées : « Makambo nyonso yebisa Mukala…Ye azali na ba photos ya elongi na ngai…Soki mpe souvenir, photo to adresse…Ye akopesa yo mpo te ayebi ngai… »
POURANT TABU LEY ETAIT TIMIDE
pourtant, me confia-t-il, il était timide dan son quartier. « Je ne parvenais pas ŕ draguer les filles. C’est seulement quand j’ai abandonnée la bureaucratie pour me consacrer ŕ la musique que les femmes commencčrent ŕ me courir aprčs ».
Le donjuanisme de la vedette n’ira pas sans conséquences. Tabu Ley en parle lui-męme : « J’ai męme connu des difficultés avec certaines de mes épouses, qui se présentaient ŕ moi comme des célibataires. Tout ça c’est la rançon du vedettariat ».
TABU LEY EN QUELQUES DATES
L’itinéraire de Tabu Ley est riche en péripéties et retournements.
D’abord fonctionnaire...
Au terme de ses humanités commerciales et administratives en 1958, ŕ l’école moyenne Saint Raphaël (Ecomoraph), Tabu Ley entre dans la vie active en tant que fonctionnaire. Auparavant, alors qu’il pratiquait la musique comme amateur, il occupa - avec le regretté Makoko Mushieni, devenu par la suite journaliste ŕ Télé-Zaďre - successivement les fonctions de secrétaire administratif au Fonds du bien-ętre indigčne et, par la suite, ŕ l’actuelle Fonction publique qui l’affecta dans l’enseignement provincial. De décembre 1959 au mois d’avril 1964, il assuma les fonctions de responsable administratif et financier ŕ l’Athénée royal de Kalina (aujourd’hui Institut de la Gombe). Devenu musicien professionnel, il se retrouve, de mai 1964 ŕ décembre 1965, coordinateur de planification des écoles laďques du Congo. D’octobre 1965 ŕ décembre, il est responsable administratif et financier ŕ l’Institut technique de Ndjili (Epom).
Ensuite, musicien amateur…
C’est une profession qu’il exerça d’abord comme amateur, de 1958 ŕ 1960.
On retiendra pour la petite histoire: de 1958 ŕ 1960, il est chanteur amateur dans l’African Jazz; de 1960 ŕ 1963, chanteur professionnel dans l’African Jazz. Rappelons qu’au mois de janvier 1960, l’African Jazz se rend ŕ la Table ronde de Bruxelles en prélude ŕ l’indépendance du Congo, le groupe abandonne Rochereau et y amčne Vicky Longomba qui évoluait pourtant dans l’OK Jazz. A la męme période, Franco Luambo se retrouve ŕ la prison centrale de Makala. A sa sortie, l’OK Jazz fait appel ŕ Rochereau pour interpréter la chanson « Mobembo ya Franco na wele » ŕ la place de Vicky Longomba parti avec l’African Jazz en Europe.