Les environs de la Banque commerciale congolaise ont été le théâtre, jeudi dernier des échauffourées entre la police et les vendeurs de pains qui ont refusé de remettre ce jour-lŕ, le pourboire qu’ils remettent d’habitude ŕ la police qui vient surveiller les travaux de salongo. Il y a eu des menaces qui ont conduit ŕ un grand désordre…
La commune de Gombe était hier jeudi 6 novembre 2003 le théâtre des échauffourées entre les policiers d’une part et de l’autre des fendeurs de pains et « chailleur » opérant autour de la Banque congolaise du commerce (Bcdc).
Tout a commencé ŕ 10 heures du matin quand une dizaine de policiers ont fait irruption dans les environs de la terrasse de « Guylain » oů quelques vendeurs de pains et boissons gazeuses écoulent leurs produits. D’habitude, raconte Angčle, quand ces policiers arrivent dans le cadre de l’opération « salubrité » décrétée par l’autorité urbaine, les femmes cotisent chacune 100 Fc pour leur pourboire pour les laisser tranquilles. Ce matin, les vendeuses s’étaient liguées comme un seul homme pour ne rien donner aux policiers car, se disaient-elles, trop, c’est trop. Il s’en est suivi des menaces de toutes sortes de la part des agents de l’ordre qui ont intimé l’ordre aux vendeuses de vider le camp. « Notre petit marché de fortune ne trouble en rien l’ordre public »; s’expliquent-elles.
Face ŕ ces menaces, elles ont recouru ŕ leurs alliés immédiats: les vendeurs de chaussures communément appelés « chailleurs » entendez vendeurs ambulants vivant de la débrouillardise. Ce qui se transforme quelque minutes plus tard ŕ une bagarre rangée entre policiers aidés par leurs armes et chailleurs qui déplorent cette maničre cavaličre de policiers d’opérer dans un environnement oů la majorité des Congolais vivent de la débrouillardise.
Dans cette confusion, il s’est produit en l’espace d’une quinzaine de minutes des faits insolites. Tenez, plusieurs « chailleurs » ont vu leurs marchandises prendre une destination inconnue, soit quelques paires de chaussures échangées. Les vendeuses ont, quant elles, déploré des cas de vol d’argent et des denrées alimentaires. Parmi les trois « chailleurs » qui ont subi de sérieuses menaces et reçu quelques coups de crosse de la part des policiers, l’un d’eux a simulé d’ętre un épileptique en gisant au sol.
C’est la débandade car la population crie déjŕ au meurtre. Du coup, la bataille a changé de camp. La coalition des vendeuses et « chailleurs » ont plaidé pour la prise en otage d’un policier. Le dernier des policiers qui menace de tirer les coups de feu en l’air a eu la vie sauve grâce ŕ la fuite.
Trois minutes plus tard, le soi-disant « épileptique se relčve sans traitement et les policiers qui ont compris que c’était une simulation sont revenus en force. C’est un véritable chasse ŕ l’homme qui s’organise. Un passant est malmené, ainsi que Mado une des vendeuses mieux connue du coin.
QUAND MADO SE DESHABILLE POUR SE SAUVER DES GRIFFES DE POLICIERS
La scčne la plus insolite de la matinée c’est sans doute cette épisode oů l’on voit Mado, la vendeuse de pains entourée de cinq policiers qui tiennent ŕ la corriger pour avoir lapidé les agents de l’ordre. Elle a trouvé son salut en se déshabillant. Comme dans un film, elle jette son pagne, puis sa blouse.
Elle menace d’ôter męme la petite culotte blanche qui lui couvre encore son corps pour ressembler ŕ son ancętre Eve.
Face ŕ cette situation, un policier accourt d’urgence pour ramasser le pagne de Mado afin de la couvrir. Elle permet ŕ quelques badauds et paparazzis de se régaler du spectacle pour quelques secondes.
Approché par Le Potentiel, Mado pense que c’était une bonne leçon administrée aux policiers. Ses amies l’ont encouragé ainsi que certaines de ses connaissances agents de la Bcdc, témoins de l’événement ont salué cette « autre maničre héroďque de résister » face ŕ ses bourreaux... Le gouvernement qui n’a pas encore créé des nouveaux emplois est appelé ŕ soutenir le peu qui existe.
UNE EQUIPE DE POLICE EN RENFORT
Informée certainement par ses services, l’autorité urbaine a envoyé un renfort d’une dizaine d’éléments pour apaiser tout le monde. Interrogé par la presse, un chailleur a fait savoir que la débrouillardise ŕ Kinshasa est trčs complexe. « Nous ne vendons pas chaque jour. Les chaussures se vendent plus au gré des temps et des circonstance. Il y, a des moments oů nous vendons presque ŕ perte. Dans ces conditions, il est difficile pour nous de payer la taxe. Chaque fois que nous sommes traqués par les forces de l’ordre, nous payons des amendes qui vont plus dans les poches de policiers qu’ŕ l’Etat », a dit Noël avant d’inviter le gouvernement ŕ prendre ses responsabilités dans l’encadrement de la jeunesse désoeuvrée.
Il est temps de créer de nouveaux emplois au lieu de laisser la majorité de la population dans la débrouillardise. On veut nous enterrer vivants et on ne se laissera pas faire ».