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Bonjour | 06/01/2009 4:26 | English Make DC Home page | RSS feed

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Réflexion du président national de l’Union pour la Paix et la Reconstruction Nationale (UPRN) Dieudonné Mulimilwa

Pendant les transitions en Afrique, les pouvoirs autoritaires confisquent au peuple son rôle sacré de « mandant », préférant s’inféoder un parlement nommé. Cette attitude traduit évidemment la volonté de l’homme fort d’installer une démocratie contrôlée. Dčs lors, toute Assemblée nationale nommée n’est plus qu’une chambre d’enregistrement comme au temps de gloire des régimes de parti unique.

La situation est nettement claire dans un régime personnalisé. Elle devient source de tensions en présence de plusieurs seigneurs de guerre qui exigent un statut identique pour leurs mouvements respectifs pendant la période intermédiaire. Cela sera le cas de figure du parlement prévu par l’accord de Pretoria du 17 décembre 2002 et qui devrait fonctionner sous contrôle des belligérants qui se sont déjŕ réservé le crachoir ŕ cet effet.

Comme les députés et les sénateurs sont nommés par les composantes du dialogue intercongolais, statistiquement les belligérants domineront la Chambre comme le Sénat. Pour combler leurs quotas respectifs de députés et de sénateurs ŕ nommer par mouvement, les rebellions théoriquement muées en mouvements politiques recruteront, en effet, de la clientčle politique ŕ travers la quasi-totalité des provinces. Cette opération donnera un rayonnement national aux armes comme modčle d’alternative politique en RDC.

Tels que conçus, l’Assemblée, le Gouvernement et le Sénat ne viendront que renforcer les pouvoirs des belligérants qui se seront déjŕ partagé l’Exécutif et la dépouille du portefeuille de l’Etat. Une fois de plus, la population sera muselée et n’aura aucun espace pour l’exprimer, étant entendu qu’elle sera privée de son rôle sacré de mandant. Les protagonistes devaient pourtant avoir le réflexe de le lui réserver. Sino, par quelle magie devrait-on s’attendre ŕ ce qu’une assemblée constituée par la seule volonté des belligérants se mue en une représentation populaire ? En son sein, comme d’ailleurs au sein d’autres institutions, les luttes entre belligérants s’accentueront sur fond de rivalité et de méfiance absolue et le peuple tenu ŕ l’écart n’aura aucun moyen d’intervention ou d’arbitrage.

Le gouvernement d’union nationale, ŕ la suite d’un parlement constitué arbitrairement, exclut d’importants groupes politiques qui n’ont pas participé ŕ Sun City et qui entraîneront des pans de populations ŕ contester la légitimité de l’accord, risque de ne pas susciter une grande adhésion. Logiquement un gouvernement multi-céphale (1+ 4) tiraillé entre forces belligérantes ne pourra pas échapper ŕ son éclatement. D’autant qu’il n’aura pas de coordination, d’impulsion et de cohésion, ni męme de centre de nombreux arbitrages dont un gouvernement de coalition a strictement besoin dans son action quotidienne.

La présidence de la République ŕ cinq tętes mise en place par l’accord de Pretoria est on ne peut plus indéfinissable. L’interprétation par la population de Kinshasa promet que les vice-présidents évolueront comme des collaborateurs du président de la République qui assumera seul l’imperium du pouvoir. Un autre son de cloche prévaut au Rcd/Goma, ŕ ses dérivés du Mlc ainsi qu’ŕ leurs alliés de l’opposition politique non armée qui pręchent clairement que toutes les prérogatives présidentielles seront exercées collégialement.

Objectivement, la lettre de l’accord érige astucieusement la collégialité de la fonction présidentielle. Pour avoir écarté une primature qui aurait dű se charger pertinemment de la coordination du gouvernement,les protagonistes ont exprimé la volonté de le faire coordonner par le chef de l’Etat, et ce faisant, tout le monde est conscient que le chef de l’Etat s’engagera lŕ dans un combat inégal et sans merci avec ses pairs et rivaux de « l’espace » ou du « collčge » présidentiel. De fortes tensions en résulteront et feront manifestement obstacle ŕ la réalisation des objectifs de réconciliation, de restauration de l’unité nationale et de l’autorité de l’Etat, objectifs qui ont besoin de cohésion au sommet du pouvoir.

De męme que le Haut Conseil de la République – Parlement de transition sorti des entrailles de la CNS était hier une arčne d’empoignades et de blocages mutuels entre le camp politique de Mobutu et celui de l’opposition dit radicale, le parlement qui sera issu de l’accord de Pretoria risque de servir de tribune de lutte d’hégémonie entre belligérants. La cause reste la męme, ŕ savoir : les mandataires sont aussi mandants et donc ne répondront qu’ŕ eux-męmes.

Ce comportement récurent dans le chef des délégués ŕ chaque négociation politique intercongolaise étale un manque d’idéal et un égoďsme qui frise l’irresponsabilité. Il procčde du fait que les délégués sont recrutés souvent au sein des partis politiques et du monde associatif généralement opportunistes et sans assise. La bataille pour la participation aux forums est parfois physique parce que l’enjeu est d’un intéręt personnel. L’objectif réel poursuivi par ceux qui réussissent ŕ forcer le passage est de ramener ŕ Kinshasa un poste politique en poche. Les partis politiques et associations qui ont pignon sur rue, ainsi que les personnalités représentatives et crédibles aux yeux de leurs entités et populations se mettent souvent hors de l’agitation.

On se demande s’il n’existe pas une duplicité d’attitude de certains représentants de la communauté internationale qui inspirent, influencent, voire imposent des stratégies qui ne rencontrent pas l’assentiment général. Dans le cas d’espčce, la stratégie dominante depuis l’accord de Lusaka jusqu’ŕ celui de Pretoria garantit ŕ ceux qui ont pris les armes la maîtrise du processus au dépens des forces politiques et sociales non armées.

Cette stratégie, comme le schéma inédit d’un président plus quatre vice-présidents, a été abhorrés par notre population. Ils ont męme été dénoncés publiquement par l’Union pour la Paix et la Reconstruction Nationale (UPRN), la formation politique que dirige M. Dieudonné Mulimilwa, et par tous les clans originels du pouvoir kabiliste dont l’impact dans la décision finale n’est pas ŕ négliger.

Il n’y a pas seulement les clans du pouvoir kabiliste et l’UPRN qui répugnent les stratégies et pičges de l’accord conclu par les protagonistes congolais en Afrique du Sud. Ces stratégies et pičges sont aussi suspectés et piégés par une population résignée et inquičte, de męme qu’ils sont jugés inadéquats par les intellectuels ainsi que le clergé aujourd’hui excédé. Les représentants particuličrement actifs de la communauté internationale lassés par les tergiversations des Congolais avaient poussé ŕ l’adoption du schéma de Pretoria, alors que celui-ci est appelé d’avance ŕ un échec certain si on ne le corrigeait pas. Peut-on en attendre la réconciliation, la démocratie et la bonne gouvernance ?

On sait pertinemment bien ŕ l’avance que l’accord de Pretoria organisera un Etat congolais éclaté, parcellisé, piégé. La responsabilité du chaos qui en résultera devra ętre d’évidence partagée !

Si l’Occident manifeste réellement la volonté de voir aboutir le mouvement d’universalisation de la culture démocratique, il lui faudrait éviter, en amont comme ŕ l’aval, un certain laxisme dans les organisations des processus de démocratisation, laxisme pouvant favoriser une dangereuse et contagieuse remise en cause de ces processus dans les pays potentiellement émergeants d’Afrique, comme c’est aujourd’hui les cas en Côte d’Ivoire et en RDC.

Puissent les peuples occidentaux épris de paix et de démocratie prendre en compte l’aspiration de l’opinion locale ŕ construire une véritable démocratie dans ces pays. Il est souhaitable que les Occidentaux les y aident donc sincčrement.

Aujourd’hui en RDC, il apparaît indispensable de privilégier la restauration de l’Etat dans ses structures classiques, dans ses missions sacrées, et dans son unité nationale. C’est ŕ ce schéma de restauration réelle de l’Etat que toute la population adhérera spontanément et massivement.

D. Mulimilwa

Président de l’UPRN



Last edited: 07/05/2006 00:35:53

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