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Ludo Martens s'est trouvé ŕ tous les carrefours de l'itinéraire de Laurent-Désiré Kabila, ŕ tous les tournants de la troisičme saison qu'a incarné Kabila aprčs la saison de Lumumba et la saison de Mulele.

« Crise interne » et agression-occupation

Aprčs trois mois d'agression, le mythe de la «crise interne » connaîtra une fin lamentable... mais cette fiction n'en continuera pas moins d'ętre entretenue par Tshisekedi, par Thambwe Mwamba et les autres mobutistes...

Le 5 novembre 1998, Mme Susan Rice, la Secrétaire d'Etat adjointe chargée des Affaires africaines et Mme Gayle Smith, la responsable pour l'Afrique au sein du Conseil de Sécurité, rencontrent Museveni ŕ Kampala. Rice déclare qu'elle s'est entretenue avec Museveni pour «trouver une solution pacifique ŕ la crise qui sévit en République démocratique du Congo ». Rice et Museveni se sont entendus sur «la mise en śuvre d'un processus démocratique (au Congo) ». La répétition devient lassante : il n'y a pas d'agression contre le Congo, ce pays connaît «une crise interne » qui peut ętre résolue par «un processus démocratique ». Les agresseurs rwandais et ougandais sont au Congo depuis le 2 aoűt 1998 en service commandé des Etats-Unis. Pendant trois mois ils ont nié y ętre et les patrons de l'opération résidant ŕ Washington s'entętent ŕ parler d'un «conflit interne ».

Le 6 novembre, devant des preuves trop évidentes, Kagame change brutalement de tactique : « Nous avons informé le Président Mandela que nous sommes présents lŕ-bas avant tout pour notre sécurité nationale », déclare-t-il en Afrique du Sud. Kagame qui envoya le 2 aoűt 1998 ses soldats guerroyer ŕ 2.000 kilomčtres de ses frontičres en jurant qu'il n'était pour rien dans la «crise interne » du Congo, avoue maintenant qu'il agresse un pays indépendant et souverain. Et ce monsieur peut développer sans rire une «logique politique » qui tient du grotesque. Ainsi Kagame laisse son entourage dire : « Tout le monde savait que nous étions lŕ-bas, mais nous voulions que la Communauté Internationale et Kinshasa comprennent d'abord que le problčme du Congo est avant tout congolais ». C'est Emmanuel Gasana, conseiller diplomatique de Kagame, qui s'exprime ainsi. « Depuis le début de la rébellion (le 2 aoűt), le Président Kabila et ses alliés ont voulu donner l'impression que ce qui se passait n'était que le résultat d'une invasion et ils niaient l'existence de la rébellion », a poursuivi M. Gasana. « Maintenant, tous les acteurs commencent ŕ comprendre, ŕ réaliser qu'il y a une rébellion en RDC ».227 Le Rwanda et l'Ouganda agressent le Congo et occupent presque la moitié de son immense territoire. Ils se démčnent pour trouver quelques marionnettes congolaises et former des troupes \"rebelles\". Aprčs trois mois de guerre d'agression, le monde entier est invité ŕ avaler le mensonge que le Congo est secoué par une «rébellion interne » qui reçoit un soutien modeste de la part du Rwanda et de l'Ouganda...

Arthur Z'Ahidi Ngoma, vice-président du Rassemblement Congolais pour la Démocratie, censé ętre un des responsables politiques de la rébellion «interne », a jugé «normal que le Rwanda et l'Ouganda se battent pour protéger leurs frontičres, comme il est normal que nous, les Congolais, nous battions pour libérer notre pays ». « En fait nous partageons avec le Rwanda et l'Ouganda un męme objectif, le départ de Kabila, mais pour des raisons différentes. Le Rwanda ne fait pas notre guerre, sa préoccupation reste la sécurité, l'Ouganda de męme. Mais la libération du Congo reste l'śuvre des Congolais. » M. Ngoma a par ailleurs estimé que le soutien du Rwanda et de l'Ouganda ŕ la rébellion congolaise « n'a rien ŕ voir avec ce que fait Kabila, qui n'a pas de troupes congolaises et se bat avec des mercenaires ». L'affirmation était grotesque au moment oů elle fut rendue publique. Son caractčre ridicule sera confirmé quelques mois plus tard, lorsque le «chef rebelle » Z'Ayidi Ngoma désertera sa propre rébellion pour avouer qu'elle ne fut qu'un stratagčme de l'expansionniste Kagame...

« Quel est le motif de l’agression subie par le Congo ?\"

La guerre barbare que subit le Congo depuis le 2 aoűt 1998 est une épreuve terrible. Mais elle est, aux yeux de Kabila, également la preuve que le Congo nationaliste a pris le bon chemin de l’indépendance et de l’auto-développement au profit des masses populaires : « Lorsque nous avons commencé ŕ nous lever, ceux qui ont l’habitude de nous marcher dessus ont pris peur. La guerre barbare qui nous est imposée montre qui sont les véritables ennemis du Congo. Le bonheur du peuple congolais ne peut pas venir de ceux qui l’ont toujours opprimé... et qui ont commandité l’agression. » Kabila affirme pour la premičre fois que seul un pouvoir populaire pourra sauver le pays. Et il réaffirme la mission panafricaine du Congo : « Beaucoup de peuples d’Afrique vous prennent comme le modčle de l’amour de la Patrie ». C’est ainsi que Mzee Kabila souligna, dčs le début de la guerre de résistance, son caractčre de guerre de libération panafricaine. Ces déclarations de grande portée, Kabila les fit le 16 septembre 1998 sur la Place Sainte-Thérčse ŕ Ndjili, le cśur de la résistance populaire contre les agresseurs...

« Quel est le motif de l’agression subie par le Congo ? C’est d’abord notre plan triennal, le plan de reconstruction du Congo qui a commencé ŕ faire pousser les belles fleurs de la réussite. Ils sont contre notre détermination ŕ compter sur nos propres forces. Notre pays est trčs riche, ces messieurs étaient ici pour piller nos richesses pendant 37 ans. Mais maintenant nous allons inverser les choses. Nous nous sommes basés sur nos richesses pour commencer ŕ réparer nos routes, nos ponts cassés, ŕ utiliser cette richesse pour chasser la pauvreté. Le bonheur du peuple congolais ne peut pas venir de ceux qui l’ont toujours opprimé. Notre bonheur gît dans notre mainĽ En effet, nous avons attendu longtemps les promesses faites par ceux qui ont commandité l’agression et qui savaient qu’ils pouvaient nous donner de l’argent pour la reconstruction. Mais leur condition était que vous deviez ętre flexibles, c’est-ŕ-dire que vous deviez abandonner votre patriotisme, votre nationalisme et faire comme les autres, c’est-ŕ-dire ne plus résoudre le problčme de notre retard sur le chemin du développement. Nous avons naturellement refusé cette soumission.

C’est pour cela que vous vous ętes battus contre les agresseurs ŕ Kinshasa. Parce que vous saviez bien que nous défendons nos intéręts... Car, c’est vous, peuple congolais, qui ętes au pouvoir ! Je vous promets qu’on va mener le Congo sur le chemin de la grandeur et du bonheur. C’est ce qui fait trembler tout le monde dehors ; et ils savent que nous sommes déterminés. Nous allons construire un grand Congo... Ce peuple était humilié. Et lorsque nous avons commencé ŕ nous lever, ceux qui avaient l’habitude de nous marcher dessus ont pris peur. Mais, beaucoup de peuples d’Afrique pensent que vous ętes le modčle de l’amour de la patrie. C’est dire que vous ętes un peuple qui a une mission et vous devez l’accomplir malgré les obstacles. Soyez déterminés ŕ vaincre tous les obstacles. On ne devient pas grand sans relever les défis ! Vous devez vous préparer ŕ traverser des épreuves et ŕ vaincre ! »

Kagame, le premier idéologue de l'opposition kinoise

Début mai 1999, Kagame accorde ŕ Kin-Kiey Mulumba une interview dans laquelle il s'adresse directement ŕ l'opposition «démocratique » de Kinshasa. Dans l'interview, Kagame affirme son droit ŕ l'ingérence militaire dans les affaires intérieures du Congo pour y imposer le gouvernement de son choix. D'oů lui vient cette arrogance au moment oů ses offensives militaires battent de l'aile ? La raison en est simple : les derničres prises de positions de la plupart des partis d'opposition au Congo confirment ŕ Kagame qu'il a de nombreux alliés congolais dans son combat pour renverser Kabila et les nationalistes.

Lors de sa conversation avec Kin-Kiey Mulumba, Kagame dévoile la chaîne qui relie les agresseurs rwandais, les rebelles, les mobutistes et les tshisekedistes. Il explique qu'il soutient l' «opposition démocratique ŕ Kabila » parce qu'elle entraîne le peuple congolais vers le rétablissement du mobutisme sous la protection du Rwanda et de ses commanditaires américains.

Le «droit ŕ l'ingérence » au Congo

Précisons d'abord dans quels termes Kagame réclame aujourd'hui son «droit ŕ l'ingérence » au Congo. « Les problčmes de sécurité qui se posent dans notre pays trouvent leur origine au Congo. (...) Les problčmes politiques internes du Congo touchent le Rwanda et y ont des répercussions importantes. Puisqu'il n'y a pas un régime politique stable et responsable au Congo et que le régime tourne le dos ŕ la bonne gouvernance - nous continuons ŕ avoir des problčmes au Rwanda. ».

La signification de ces paroles est limpide. Selon Kagame, les soi-disant «problčmes de sécurité » du Rwanda «ont leur origine au Congo ». Les troupes rwandaises sont donc au Congo parce que le régime politique de Kinshasa est \"irresponsable\". Le maître de Kigali fait comprendre qu'il n'est pas au Congo ŕ cause de la présence d'Interahamwe que Kabila aurait «protégés » avant le 2 aoűt 1998. Non, il affirme ouvertement qu'il est lŕ pour régler les «problčmes politiques internes du Congo » qui ne sont pas bien pris en main par Kabila ! Les armées rwandaises sont également au Congo parce que ce pays ne connaît pas une «bonne gouvernance » ! Le lecteur est immédiatement frappé par les termes identiques utilisés par Kagame et par Tshisekedi pour parler du Congo de Kabila.

Abordons un autre passage intéressant de l'interview de Kagame. « Nous souhaitons réaliser les termes de bonne gouvernance, la démocratie et la stabilité dont nos peuples ont tant besoin. Nous voulons travailler avec ceux des dirigeants congolais aptes ŕ mener le peuple au changement. » « Nous souhaitons changer de maničre significative ce qui doit ętre changé. Bien entendu, en accord avec les Congolais eux-męmes qui doivent ętre le fer de lance. ».

Ce qui gčne donc Kagame, c'est que Kabila ne pratique pas la «bonne gouvernance » et la «démocratie ». Ce sont deux termes que l'impérialisme américain utilise ŕ longueur de journée pour juger tous les pays du monde. Les Etats-Unis décident pour les autres peuples ce qui est bon pour eux, ce que sont la «bonne gouvernance » et la «démocratie ». Quand, ŕ Washington, ils veulent renverser un régime ou agresser un pays, ce sont ces «principes » qu'ils agitent pour justifier leurs crimes. Or, aux yeux de l'establishment américain, une gestion nationaliste, anti-impérialiste sera toujours incompatible avec la «bonne gestion » et les «droits de l'homme ». Il est évident que par la bouche «africaine » de Kagame, c'est Clinton qui parle...

Kagame ose dire ouvertement : « nous souhaitons changer le régime ŕ Kinshasa ». Le petit Rwanda n'aurait pas une telle insolence, s'il ne jouait pas le rôle de porte-parole des Américains. Ce sont eux, les Etats-Unis et le Rwanda, qui décideront du régime interne du Congo, «en accord avec les Congolais aptes ŕ conduire au changement », comme le dit Kagame. En d'autres mots : Washington projette d'imposer sa loi au Congo en collaboration avec toutes les forces néocoloniales de ce pays. Cela définit avec précision les relations entre les agresseurs et ceux que Kagame appelle les « dirigeants congolais aptes ŕ mener le peuple au changement ». Kagame sait que sans l'intervention militaire rwando-ougando-américaine, ni le MPR ou l'UDPS, ni le PDSC ou le MNC-L n'oseraient aujourd'hui clamer ouvertement leur détermination de renverser Kabila. L'agression rwandaise est la mčre de toutes les batailles contre-révolutionnaires livrées en front commun par la «rébellionn » et par l'opposition néocoloniale.

« Notre armée ira au-delŕ de Mbuji-Mayi pour renverser Kabila »

Kagame est confiant que ses armées prendront finalement Kinshasa pour renverser le gouvernement nationaliste congolais. Il sait que ses patrons américains sont divisés sur cette stratégie. Pour une fraction de la bourgeoisie américaine, cette guerre a dérapé, elle devait ętre de courte durée mais s'enlise, elle risque de plonger le Congo dans une instabilité prolongée et crée des contradictions insurmontables pour réaliser la stratégie globale des Etats-Unis en Afrique Centrale.

Pour défendre sa logique de la guerre au finish, Kagame doit sortir un nouvel argument ŕ l'adresse de ses parrains américains. Le voici : le problčme pour nous, Rwandais, n'est pas la sécurité de nos frontičres, notre problčme est le régime en place ŕ Kinshasa. Pour le renverser, nos armées doivent prendre non seulement Mbuji-Mayi, mais marcher jusqu'ŕ Kinshasa.

Voici comment Kagame s'adresse aux Américains pour défendre son option militaire : « Kabila est le premier ŕ violer la souveraineté et l'indépendance d'un Etat, le Rwanda. Nous sommes en situation de légitime défense. (...) Le Rwanda s'est rendu au Congo en vue de s'occuper des milices Interahamwe. Avec ou sans la rébellion, nous devrions ętre lŕ. » Ainsi, ce militariste qui a envoyé ses armées d'agression jusqu'au rives de l'Océan Atlantique, qui a occupé Kitona et attaqué Kinshasa ŕ 2.000 kilomčtres de ses frontičres, ose affirmer qu'il agit en état de légitime défense pour défendre la souveraineté et l'indépendance du Rwanda ! On se rappelle que pendant trois mois, Kagame a soutenu contre vents et marées que ses armées n'étaient pas au Congo, qu'il s'agissait d'une rébellion «purement interne ». Et avec l'arrogance d'un véritable émule des fascistes, Kagame prétend aujourd'hui exactement le contraire : « Nos armées avaient le devoir d'ętre au Congo, męme sans rébellion » ! Lorsque aprčs trois mois de mensonges, en novembre 1998, Kagame avoue ętre au Congo, il en donna la justification suivante : attaqués par les Interahamwe, nous avons le devoir de défendre la sécurité de nos frontičres. Aujourd'hui, Kagame veut attaquer Mbuji-Mayi qui se trouve ŕ plus de 1.000 kilomčtres du Rwanda. Et il laisse tomber son mensonge sur «la sécurité de nos frontičres » pour en inventer un plus gros encore. Kagame prétend aujourd'hui que «le régime congolais en place veut détruire le Rwanda », et qu'en conséquence, c'est pour lui une question de «sécurité nationale » de mettre fin au régime de Kabila !

Voici textuellement sa déclaration : « Au Congo, nous ne nous battons pas pour des questions de sécurité de nos frontičres. Le problčme tient ŕ la sécurité nationale. L'envoi des troupes des Nations Unies ŕ nos frontičres ne changera rien. Il y a d'anciens soldats rwandais ŕ Mbuji-Mayi qui continuent ŕ nous créer des problčmes. (...) Kabila les a rencontrés plusieurs fois ŕ Kinshasa, Mbuji-Mayi, Lubumbashi et Kabalo. Il les a reconditionnés et armés. Le problčme du Rwanda est donc ... lié au régime en place au Congo qui veut détruire le Rwanda en armant d'anciens soldats rwandais et des miliciens Interahamwe qui ont tué et massacré. Nous combattons partout oů ces génocidaires se trouvent. Si Kabila continue d'attaquer, alors le Rwanda, en coopération avec les rebelles congolais, poussera męme au-delŕ de Mbuji-Mayi ».

Ces propos enlčvent les derničres illusions sur une quelconque volonté de paix rwandaise. Kagame ne mettra fin ŕ l'agression et ŕ l'occupation que lorsque ses armées seront battues et obligées de se retirer. Toute l'agitation de certaines ONG qui bavardent sur des «plans de paix », mais refusent d'appeler le peuple ŕ prendre les armes pour sauver le Congo, sert directement les agresseurs.

Ainsi, Kagame peut affirmer de façon arbitraire que «les problčmes qu'a le Rwanda sont liés ŕ la nature du pouvoir établi ŕ Kinshasa ». Et cela justifie l'agression dont le but clairement affiché est maintenant le renversement du pouvoir nationaliste ŕ Kinshasa. Pour renverser le régime nationaliste de Mzee Kabila, Kagame a engagé des marionnettes congolaises qu'il appelle «rebelles » et il cherche des alliés dans l'opposition dite «démocratique » et dans la Société Civile.



Last edited: 07/05/2006 00:33:25

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