Ludo Martens s'est trouvé ŕ tous les carrefours de l'itinéraire de Laurent-Désiré Kabila, ŕ tous les tournants de la troisičme saison qu'a incarné Kabila aprčs la saison de Lumumba et la saison de Mulele.
Le RCD promet \"l'Etat de droit\" et la \"bonne gouvernance\"…
Le 14 aoűt, Bizima Karaha annonce la constitution d'un Mouvement Démocratique Congolais. Z'Ayidi Ngoma, Président, dirige le mouvement avec Jean-Marie Mundumbi et Alexis Thambwe Mwamba. Un porte-parole de ce dernier déclare le męme jour : « La marche des troupes congolaises sur Kinshasa est irréversible. Kinshasa va ętre prise sous peu. Nous prendrons ensuite Kisangani et Lubumbashi ». Et il précise : « M. Thambwe n'avait pas rejoint la rébellion. Il est au contraire l'un des cerveaux du soulčvement, l'un des concepteurs ». Et les Congolais savent que si Thambwe Mwamba est dans le coup, Kengo wa Dondo ne peut pas ętre loin...
C'est le 18 aoűt 1998 que sont rendus public le «Protocole d'accord » et la «Déclaration politique» du Rassemblement Congolais pour la Démocratie. Nous en soulignerons deux points essentiels.
Le RCD se présente d'emblée comme le prolongement de l'opposition «démocratique » ŕ Kabila, comme son bras armé. Le Protocole reprend les refrains classiques d'un Tshisekedi, Kengo ou Olenghankoy en dénonçant «la politique d'exclusion des forces politiques engageant ainsi le pays dans une aventure despotique sans issue ». Ceux qui ont toujours pratiqué la politique d'exclusion des forces nationalistes et révolutionnaires et qui pendant les sept années de la «Transition », n'ont pas voulu organiser d'élections, insultent Kabila, lui qui a balayé la dictature mobutiste et qui a promis des élections dans un délai record de deux ans.
Puis la Déclaration affirme que « le RCD (constitue) une plate-forme de personnalités politiques, d'organisations politiques et de la Société Civile, ouverte ŕ toutes les forces vives de la société congolaise ». Le RCD promet ainsi de réaliser par les armes ce que l'opposition «démocratique » exige, mais n'arrive pas ŕ imposer : le renversement de Kabila et la prise du pouvoir par les partis et les groupes de la Société Civile qui ont connu leurs heures de gloire sous Mobutu et la CNS-HCR-PT.
En publiant ses positions politiques, le RCD contribue énormément ŕ la conscientisation révolutionnaire des populations congolaises. Le RCD fait la démonstration que les paroles mielleuses sur \"la démocratie\", \"l'Etat de droit\", \"la bonne gouvernance\" et \"la réconciliation\", empruntées au discours américain, servent ŕ justifier le néocolonialisme, l'arbitraire, la répression féroce, les tueries massives et le pillage.
Analysons d'abord dans les textes du RCD comment l'impérialisme apprend ŕ parler ŕ ses laquais africains. Il leur apprend ŕ promettre «de créer un Etat de droit et des institutions réellement démocratiques (et) de consolider la paix et la stabilité nationale, sous-régionale et continentale », ŕ faire miroiter « l'instauration d'une bonne gouvernance », et ŕ ouvrir la perspective de la promotion d'un «processus de réconciliation, de démocratisation et de reconstruction nationales ».
Toutes ces paroles empoisonnées, les Congolais les ont déjŕ bues ŕ longueur de journées pendant la Conférence Nationale, sans en comprendre le sens réel. Depuis la colonisation, l'impérialisme «enseigne » aux Congolais de faire confiance aux exploiteurs et de ne jamais se poser de questions sur la cohérence de leur pratique politique et économique. Le grand crime de Lumumba a été de découvrir la réalité derričre l'écran de fumée du discours sur les bienfaits de la colonisation. Dans son célčbre discours du 30 juin 1960, Lumumba dit : « Qui oubliera les fusillades oů périssaient tant de nos frčres, les cachots oů furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient pas se soumettre au régime d'injustice, d'oppression et d'exploitation ? ».
Est-ce qu'en 1998, Kabila n'a pas raison d'adresser les męmes paroles aux agresseurs américano-rwando-ougandais et ŕ leurs rebelles qui massacrent, égorgent et affament les Congolais en se présentant sous les drapeaux de la «démocratie », de l'«etat de droit », de la «bonne gouvernance » et de la «réconciliation » ? Pour juger d'un mouvement politique, il faut analyser sa nature de classe et sa pratique. Dčs le départ, la rébellion représente les intéręts américano-rwando-ougandais ainsi que ceux des mobutistes qui préparent la revanche. Sa pratique de terreur anti-populaire, de destructions massives et de pillages étaient couverte par les męmes mots démagogiques que prononcent chaque jour les impérialistes : \"démocratie\" et \"bonne gouvernance\"…
Les rats de l'opposition quittent le bateau coulant...
Nous sommes le 18 aoűt 1998. La nation congolaise est face ŕ un danger fatal. C'est au moment oů les armées rwandaise et ougandaise entreprennent les derniers préparatifs pour prendre Kinshasa, que tous les grands partis «démocratiques » trahissent ouvertement la Patrie !
Congonline note ceci : « Les formations politiques en particulier l'UDPS, le FONUS et le PDSC se sont désolidarisés du régime Kabila. Le mouvement de désolidarisation commence ŕ gagner presque tous les partis politiques męme s'ils hésitent ŕ le manifester de peur de représailles avant la chute du régime. Cela est un élément précurseur de la chute du régime. Une certaine opinion généralement bien informée affirme męme que les jours et probablement les heures du régime Kabila sont comptés... Il paie ainsi la facture de sa politique d'exclusion, de répression et de népotisme contre les forces politiques et sociales ».
Le męme jour, l'UDPS confirme l'étrange ressemblance entre son analyse de la situation et celle de Kagame et son RCD : Kabila a bloqué la démocratisation, c'est la cause de la confrontation armée inter-congolaise…. Dans son communiqué du 18 aoűt, la « Direction Politique de l'UDPS rappelle que M. Laurent Kabila est seul responsable du blocage du processus démocratique au Congo dont la présente confrontation armée est la conséquence et qu'il lui revient d'y apporter la solution politique appropriée ».
En clair : au Congo, il n'y a pas d'agression, il y a une confrontation armée entre Congolais parce que Kabila a \"bloqué\" le processus démocratique…
C'est Kengo wa Dondo, l'homme des Etats-Unis, qui formule avec le plus de clarté la «solution politique » que ses amis américains veulent imposer au Congo. Solution que Kengo partage aussi bien avec ses amis de l'opposition «démocratique » qu'avec ses amis rebelles comme Thambwe Mwamba. C'est ŕ cause de Kabila que les rebelles ont comploté, affirme Kengo et il estime qu'opposants armés et non-armés joignent aujourd'hui leurs forces pour changer de régime ! « Le Président Kabila a exclu tout le monde de la vie politique. Tout le monde ne pouvait que comploter contre lui. Mais aujourd'hui, nous constatons qu'il y a une sorte de coalition armée d'un côté, et certains responsables politiques de l'autre, pour changer le régime institutionnel ŕ Kinshasa. » Kengo est devenu un fanatique du retour ŕ la Conférence Nationale Souveraine, le cheval de bataille habituel de son ennemi-bien-aimé Etienne Tshisekedi. « Il convient d'organiser une Table Ronde qui regroupe tous les représentants de nos régions, classe politique et sociale confondues, de maničre ŕ ce qu'ils puissent définir la Transition, déterminer son contenu, arręter sa période et la date des élections. Alors cette Table Ronde désignera les responsables qui devront animer les institutions de la Transition et nous conduire vers des élections. Ainsi nous aurons renoué avec la Conférence Nationale Souveraine, c'est-ŕ-dire l'esprit du consensus national. » C'est le plan les Américains et Sud-Africains imposeront une année plus tard, en juillet 1999, dans l'Accord de Lusaka...
Tshisekedi, futur Premier ministre du gouvernement rebelle...
Mais c'est Tshisekedi qui a signé le document historique qui prouve la complicité entre l'opposition «démocratique » et la «rébellion » armée. Il s'agit de son Mémorandum adressé le 4 septembre ŕ l'ONU. Comme l'homme n'est pas un grand bosseur, on peut raisonnablement supposer qu'il a planché une dizaine de jours sur l'ouvrage. Ce qui implique que les 26-28 aoűt, pendant que la jeunesse de Kinshasa brave la mort en s'attaquant aux agresseurs, rebelles et ex-FAZ, cet homme élabore un texte visant ŕ détruire la résistance et ŕ permettre aux Rwandais et aux rebelles d'atteindre leurs objectifs.
Tshisekedi formule une plate-forme de trahison nationale qui, dans un pays européen agressé, lui aurait valu la prison ŕ vie. Dans son Mémorandum, Tshisekedi nous livre les preuves qu'il est bel et bien de mčche avec les rebelles et leurs patrons américains, rwandais et ougandais.
Tshisekedi écrit : « Les causes de la crise se trouvent essentiellement ŕ l'intérieur de la République Démocratique du Congo : absence de démocratie et de l'Etat de droit, violations des droits de l'homme... , gestion chaotique des affaires de l'Etat, corruption, népotisme, incompétence notoire des principaux responsables politiques, etc. ». Cette phrase nous présente un Tshisekedi avide de pouvoir et sans scrupules. Le 23 mai 1997, Tshisekedi exigeait le départ inconditionnel et immédiat des forces rwandaises, alors que l'alliance entre les nationalistes congolais et le Rwanda, l'Angola, le Zimbabwe et l'Ouganda venait ŕ peine de remporter la victoire sur le régime de Mobutu. Tshisekedi exigeait ŕ ce moment le départ des Rwandais parce qu'il estimait que Kabila, seul, ne pourrait résister aux attaques conjointes des mobutistes et des tshisekedistes. Entre mai 1997 et juillet 1998, les nationalistes autour de Kabila ont consolidé leur pouvoir et pendant cette période les officiers rwandais se sont mis ŕ envier avec une avidité croissante les richesses du Congo.
Le 2 aoűt 1998, le Rwanda agresse le Congo dans le but de renverser son régime nationaliste. Surprise : Tshisekedi qui s'était profilé comme l'ennemi juré des \"Tutsi rwandais\", fait immédiatement une alliance avec Kagame. Tshisekedi qui, le 23 mai 1997, voyait des Rwandais partout, ne détecte plus la moindre présence rwandaise sur le sol national, alors que l'armée de Kagame a violé massivement la frontičre congolaise. Tshisekedi ne parle pas d'agression, il constate «une crise dont les causes se trouvent essentiellement ŕ l'intérieur du Congo » ! C'est aussi « l'analyse » des agresseurs rwandais. A la date du 4 septembre, tous les Congolais ont déjŕ vu ŕ l'śuvre les armées rwandaise et ougandaise au Bas-Congo, sur le barrage d'Inga et ŕ Kinshasa.
Mais le «leader charismatique » ose écrire que la guerre actuelle est due ŕ « l'absence de démocratie et ŕ l'incompétence notoire ». Ainsi, Tshisekedi reprend tout simplement les arguments des rebelles. Or, l'agression a été lancée justement pour empęcher Kabila d'organiser effectivement en 1999, les élections qu'il a promises. C'est le peuple qui aurait jugé s'il y avait plus de démocratie sous Kabila que sous le Mobutu de la transition, c'est le peuple qui aurait tranché si le pays était mieux géré par les nationalistes que par les Tshisekedi et Kengo de la CNS-HCR-PT. C'est parce que les hommes de main du néocolonialisme, les Tshisekedi, Kengo, Bo-boliko et autres Lunda Bululu et Thambwe Mwamba savaient trčs bien que le verdict populaire serait impitoyable ŕ leur égard, qu'ils se sont lancés dans l'aventure pour renverser Kabila.
Une autre thčse que Tshisekedi a formulée dans son Mémorandum ŕ l'ONU est un véritable camouflet pour tous les jeunes patriotes qui ont courageusement résisté aux agresseurs. Tshisekedi écrit : « Il n'y a aucune raison sérieuse et défendable d'envoyer ŕ la mort la jeunesse de notre pays et celle des pays africains impliqués militairement dans le conflit,... pour un problčme politique principalement interne ŕ la RDC qui peut ętre résolu autour d'une table de négociation en vue de conclure un accord politique global satisfaisant pour toutes les parties concernées. » Chaque fois que j'ai lu cette phrase lors des conférences que j'ai données dans une dizaine de Communes de Kinshasa, des clameurs d'indignation s'élevaient de l'audience. Tshisekedi a écrit cette phrase ignoble pendant que des jeunes de Mikondo, Kimbanseke, Masina et Ndjili donnaient leur vie pour combattre les agresseurs. Il n'y aurait aucune raison défendable pour risquer sa vie contre les envahisseurs ? Si ces jeunes de Ndjili n'avaient trouvé «aucune raison défendable » pour attaquer les militaires rwandais et ougandais, ces derniers régneraient aujourd'hui sur Kinshasa. Et Tshisekedi serait probablement leur Premier ministre...
Il s'agirait d'un problčme interne au Congo ? Mais les jeunes de ces communes ont bien vu que des Rwandais et des Ougandais commandaient toutes les colonnes ennemies ! Et les jeunes ont brűlé vifs des agresseurs qui ne parlaient aucune langue congolaise. Les 26, 27 et 28 aoűt, Tshisekedi voulait résoudre ce «problčme interne » autour d'une table de négociation avec ces militaires rwandais ? Vous imaginez un Congolais assez fou pour demander aux agresseurs rwandais et ougandais, chez lui ŕ Kimbanseke, de s'asseoir ŕ une table pour négocier ? Mais la seconde qui suit, le pauvre homme aurait une balle entre les yeux... !
Tshisekedi présente dans son Mémorandum un «plan de rčglement global de la crise en RDC » qui n'est qu'une copie du plan formulé par les Américains et Sud-Africains. Son premier point : « Organisation sous les auspices de l'ONU, de l'OUA et de la SADC d'une négociation regroupant toutes les forces politiques représentatives et significatives du pays (Gouvernement Kabila, opposition démocratique non-armée et opposition armée) ».
Ceci est écrit entre le 26 aoűt et le 4 septembre 1998, au moment oů les armées rwandaise et ougandaise ont déjŕ pénétré la capitale congolaise. Dans ces conditions, seul un traître peut oser ne pas condamner les agresseurs et refuser d'aider le gouvernement national ŕ vaincre les envahisseurs. Seul un traître peut exiger des négociations avec \"l'opposition armée\", ŕ un moment oů cette \"opposition armée\" est presque exclusivement l'śuvre des troupes rwandaises et ougandaises. Alors qu'une grande partie du Congo est sous occupation ennemie, Tshisekedi veut «négocierr » avec Kabila et avec les rebelles, la liquidation du gouvernement nationaliste et la formation d'un nouveau gouvernement selon la formule que Rwandais et Américains veulent imposer !
D'ailleurs, le 23 aoűt, lorsque tout le monde pensait que Kinshasa allait bientôt tomber dans les deux-trois jours ŕ venir, Tshisekedi prit une initiative qui trahissait déjŕ ses ambitions présidentielles. Ce jour-lŕ, il se propose comme «intermédiaire » dans ce «conflit interne » qui oppose le gouvernement et les rebelles. Tshisekedi déclare vouloir se rendre ŕ Lubumbashi pour y rencontrer le Président Kabila, puis ŕ Goma pour s'y entretenir avec les rebelles.223 Tirant profit de la présence au Congo des armées rwandaise et ougandaise, Tshisekedi présente la « rébellion » comme un mouvement sérieux, comme une force pouvant traiter d'égal ŕ égal avec le gouvernement Kabila. Et lui, Tshisekedi, se présente au nom de l'opposition, comme le médiateur entre les deux, c'est-ŕ-dire comme le maître de la situation. Comme le successeur de Kabila !
Abordons une derničre thčse du Mémorandum publié par Tshisekedi. « La fusion des deux forces armées qui se sont affrontées en une seule armée nationale, soumise au pouvoir civil avec l'assistance de l'OUA et de l'ONU. » En aoűt 1998, le Congo n'a pas encore une armée nationale digne de ce nom. Le pays a hérité des ex-FAZ, dont beaucoup sympathisent avec les rebelles. Kabila veut former une nouvelle armée patriotique au cours de la résistance contre les agresseurs. Au moment oů le Congo risque fort d'ętre vassalisé par le Rwanda et l'Ouganda, Tshisekedi veut «fusionner » la nouvelle armée congolaise en formation avec l'armée qui lui fait face. Ce «Moďse » qui conduit son peuple en enfer, entretient la fiction que « l'armée rebelle » est le véritable adversaire des Forces Armées Congolaises de Kabila. Or, tout le monde sait que l'armée congolaise affronte essentiellement les armées rwandaise et ougandaise. Comment Tshisekedi compte-t-il fusionner les FAC et les armées de Kigali et de Kampala ? Pour ce qui concerne l'armée «rebelle », il s'agit essentiellement d'ex-FAZ commandés par des officiers mobutistes. Prôner, un mois aprčs le déclenchement de l'agression, la «fusion » entre les «deux armées », c'est remettre les FAC aux généraux mobutistes et ŕ leurs nouveaux «conseillers » rwandais, ougandais et américains...
Last edited: 07/05/2006 00:33:17