En réquerant l'ordonnance judiciaire du premier président de la Cour supręme de justice pour fixer la date de sa prestation de serment, le vice-président de la République aurait tordu le cou ŕ la procédure. Erreur ou intention malveillante? Déjŕ la mouvance présidentielle s'agite et dénonce \"l'esprit de conflictualité\" du président du Mlc.
« Tenant compte de l'article 85 de la Constitution qui dispose que : « avant d'entrer en fonction, chaque vice-président pręte serment devant la Cour supręme de justice en séance publique », je vous saurai gré, en référence aux dispositions précitées (articles 83 et 85 de la Constitution), de me notifier la date de la séance au cours de laquelle la Cour supręme de justice recevra mon serment d'entrée en fonction. »
La correspondance dont l'extrait ci-dessus est puisé, est adressée au premier président de la Cour supręme de justice. Avec copie pour information ŕ M. le président de la République démocratique du Congo. Son auteur s'appelle: Jean-Pierre Bemba.
UN PAVE DANS LA MARE
Il n'en fallait pas plus, dans la mouvance présidentielle, pour voir des gens s'exciter outre mesure, criant au scandale, dénonçant le caractčre conflictuel du président du Mouvement de libération du Congo (Mlc). L'hystérie est montée ŕ son comble lorsque les proches de Joseph Kabila ont vu le premier président de la Cour supręme de justice apporter l'eau ŕ leur moulin.
« En répondant, notamment, dans l'intervalle de 24 heures, que la fixation de la date d'entrée en fonction des animateurs de la Présidence de la République ne me paraît pas relever de la compétence de la Cour supręme de justice mais plutôt de celle du Comité de suivi de l'Accord global et inclusif dont si je ne m'abuse, le président de la République est le président.
C'est pourquoi j'adresse au cabinet de ce dernier copie de la présente. C'est seulement lorsque le susdit Comité nous aura fait connaître la date d'entrée en fonction des vice -présidents de la République qu'il sera possible et nécessaire au premier président de la Cour supręme de justice de prendre une ordonnance judiciaire fixant la date de l'audience de prestation de serment .
Au regard de cet échange épistolaire, il n'y a point de doute. Pour un pave dans la mare, c'en est un. Le geste du président du Mlc est-il innocent ? L'a-t-il pose par erreur ou par précipitation? Procčde-t-il d'une volonté délibérée de provoquer ... mais qui alors ?
Les analystes ne s'expliquent pas que le chairman, pourtant entouré d'un aréopage de juristes professionnels, ait commis une bourde qui soulčve haut les vagues. Etait-ce une façon, pour lui, de réparer l'erreur commise l'année derničre lorsque, aprčs la conclusion de l'accord partiel de Sun City, il s'est mis ŕ poser des conditions qui ont finalement irrité Kinshasa, au point de provoquer le report sine die de sa prise des fonctions en qualité de premier ministre ?
PAS LIEU DE DRAMATISER
Quoi qu'il en soit, une chose est certaine. En dépit de l'erreur d'aujourd'hui, d'autres sont au rendez-vous, car l'Homme reste une créature imparfaite.
Donc, il n'y a pas lieu de dramatiser. La légitimité et la légalité du pouvoir de Joseph Kabila ont été reconnues unanimement, depuis Sun City, par toute la nation. Il serait malvenu et mal inspire pour quiconque tenterait par ces temps de renouveau, de porter ombrage ŕ l'autre avec, comme conséquence, le blocage de fonctionnement des institutions.
L'heure est au travail. Le chef de l'Etat, qui pręte serment aujourd'hui, devrait faire diligence et accorder le bénéfice de l'urgence ŕ la convocation rapide du Comité de suivi. Puisqu'il ne petit légiférer tout seul, comme dans le régime enterré le 2 avril 2003, il a besoin du contreseing des membres du gouvernements. Tant que cette institution ne sera pas mise sur pied, son action personnelle sera bloquée. Et le redémarrage de la République aussi.
La solution réside dans la mise en train des activités du Comite de suivi, lequel devra produire le gouvernement d'union nationale dans les brefs délais. Il n'est donc pas indiqué de s'arręter sur la peccadille de J.P. Bemba. Un J.P. Bemba qui, ŕ notre avis, est dispose ŕ entrer rapidement en fonction pour apporter sa pierre ŕ l'unification du pays, ŕ la reconstruction nationale.
A l'heure de la réconciliation nationale, tous les gouvernants sont appelés ŕ transcender les querelles des clochers, ŕ domestiquer leur ego pour se mettre réellement au service du peuple. C'est ŕ ce prix, et ŕ celui-ci seulement, qu'ils pourront a' approprier son estime et sa coopération.
José Endundo B. : « Le MLC souhaite travailler la main dans la main avec le président Joseph Kabila »
Comme il fallait s'y attendre, diverses réactions ont inondé la rédaction du Potentiel ŕ la suite de la publication de notre manchette de lundi, 07 avril 2003, intitulée « J.P. Bemba: la premičre gaffe ».
L'une des plus significatives a été exprimée par M. José Endundo Bononge, représentant du Mlc ŕ Kinshasa, au nom de son président Jean-Pierre Bemba, désigné voici une semaine vice-président de la Rdc.
D'un ton sec et attristé, il a tranché: « C'est plutôt l'entourage du président de la République qui en est ŕ son éničme gaffe. Comment ne serions-nous pas considérés comme une république bananičre si l'échange d'un courrier au sommet de l'Etat, tel celui évoqué par votre quotidien, doit se retrouver avec une célérité déconcertante sur la place publique ?
Prié de donner la version du Mlc sur cet « incident », M. Endundo a défendu son mouvement de vouloir violer l'Accord global et inclusif ainsi que la Constitution.
« Le Mlc a saisi la Cour supręme de justice pour la prestation de serment du vice-président Bemba parce que c'est elle qui, légalement, est habilitée ŕ cet effet. Cette tâche n'entre donc pas dans les prérogatives du Comité de suivi. Par ailleurs, la publicité faite autour de notre démarche suscite la question de savoir s'il n'y a pas de complicités secrčtes, quelque part, pour que les choses ne marchent pas dans ce pays ! »
Sur un ton de regret, M. Endundo a confié « La prestation de serment par le président de la République, le lundi 7 avril, démontre qu'il a voulu se démarquer de ses vice-présidents. Conséquence : elle a fait rater aux Congolais une occasion unique de sceller la réconciliation nationale ».
Et il a ajouté que « ce moment, historique ŕ maints égards, méritait une solennité toute particuličre, marquée notamment par la prestation simultanée de serment par le président ŕ tous les quatre vice-présidents de la République.
Plus conciliant, M. Endundo a réaffirmé que le Mlc souhaite travailler main dans la main avec le président Joseph Kabila, a qui du reste il souhaite bonne chance.