Le téléphone portable est venu, dit-on, compliquer une équation sentimentale déjŕ difficile ŕ gérer.
La banalisation du téléphone portable ces derničres années tranche nettement avec le passé mobutien oů il n’était que l’apanage de quelques-uns, mieux, d’une caste dirigeante au pied du quel s’agglutinait une masse paupérisée. A cette époque oů le roi « Télécel » était seul ŕ se mouvoir dans les méandres de la télécommunication privée, le branchement ŕ son réseau procédait d’un exercice périlleux. Il fallait justifier d’une assise financičre conséquente pour se faire ouvrir les vannes de l’univers Télécel, un label mythique pour les kinois. Ceux-ci n’avaient que leurs yeux pour admirer les plus nantis dans leurs frasques quotidiennes, l’oreille accolée au portable grandeur nature de Télécel.
A cette époque oů le port du portable était un motif d’intéręt certain, ses détenteurs avaient de quoi s’enorgueillir au grand désenchantement de la masse. On était vite situé par rapport ŕ leur profession ou encore ŕ leur statut social. Trčs vite, ce secteur privé de la télécommunication fut élargi avec l’incursion d’autres groupes venus jouer aux troubles fętes. Cette perte de monopole par Télécel consécutive ŕ la politique d’ouverture incarnée par la révolution du 17 mai aura eue une influence remarquable dans la vie sociale.
Les nouvelles sociétés de télécommunication qui s’installent développent une politique de vulgarisation de la télécommunication popularisée ŕ outrance. Elles introduisent le systčme de cartes prépayées, cassent les prix, vont vers la clientčle, établissent des partenariats avec des sociétés de la place... Ce marketing agressif imposé par la concurrence porte vite ses fruits dans une société qui expérimente cette nouvelle donne sociale.
En ce moment lŕ, tous les signaux attestaient que quelque chose était en train de changer dans le comportement des kinois...
Les nouvelles entreprises de télécommunications ont mis un paquet considérable pour leur opération de relation publique. Avec leurs panneaux publicitaires géants qui quadrillent la ville entičre, ces sociétés ont largement contribué ŕ rendre plus plaisant l’environnement urbain. Les kinois appelés ŕ se mouvoir dans ce cadre oů leur intéręt est sans cesse sollicité par la pub, avaient la conscience chatouillée par un seul désir: se procurer un téléphone portable.
Cela procédait d’un effet de mode qu’ŕ autre chose. Car au-delŕ de l’aspect communicationnel, le port du portable était le reflet de la personnalité, mieux, de l’image que l’on projetait vers autrui. Trčs prisé par les kinois qui ne lésinaient pas sur les moyens pour s’en procurer en dépit de son coűt élevé, le téléphone portable était intégré comme élément essentiel dans la physionomie de son détenteur. Il faisait partie du look pour ainsi dire.
Plus que les hommes, les femmes et particuličrement les jeunes filles en ont fait leur « affaire ». Une jeune fille digne de ce nom, entend t-on dire, doit impérativement avoir un numéro téléphonique. Et lŕ, la voie est ouverte pour toute sorte de vice et de déviation. Profitant de l’obstination cultivée par la gente féminine pour les portables, des sexagénaires croulant sous le poids de l’âge n’ont plus de peine pour bénéficier des charmes des jeunes demoiselles inoffensives. L’offre d’un appareil cellulaire suffit pour que les jeux soient faits.
La prostitution est alors portée au faite. Hommes et femmes ont finalement trouvé en ces moyens de communication modernes une aubaine pour « tricher » en se soustrayant du contrôle de leurs partenaires. Avec le portable, la drague est facilitée. Des rendez-vous sont négociés dans la pure discrétion souvent au grand dam des maris ou épouses légitimes.
La méfiance gagne alors le terrain dans les ménages oů la seule sonnerie peut mettre tout en moule, tant la suspicion est de mise. Des hommes mariés se font ŕ longueur de journée dépouiller par des jeunes filles avides d’unités et connues dans leur tâche de faire la ronde ŕ travers les bureaux. C’est cela la vie ŕ Kinshasa aujourd’hui otage d’une technologie communicationnelle sujette ŕ débat. Envahissante ŕ l’image des ces conversations de taxi ou de rue auxquelles on assiste chaque jour, la téléphonie cellulaire est plus que jamais au cœur d’une vive controverse ŕ cause de l’usage gauche qu’en font les kinois. Si elle a résolu beaucoup des problčmes, elle a cependant ajouté d’autres dans la vie des Kinois.
Last edited: 07/05/2006 00:31:01