Le président du parti UPRN, M. Dieudonné Milimilwa Mutondo donne le point de vue de sa formation politique aussi bien sur les derniers travaux du dialogue intercongolais que sur les principaux sujets qui alimentent la chronique politique de l'heure. Les propos du président de l'UPRN sont contenus dans le condensé de l'interview ci-aprčs accordé ŕ la presse.
La RDC est dans une décisive étape de son histoire ŕ l'actuelle veille de son entrée dans la période dite de transition devant servir ŕ la mise en place de la quatričme République voulue démocratique. Tous les regards des Congolais sont tournés vers les derničres négociations du dialogue national mais dont les échos signalent une tournure peu rassurante d'un heureux aboutissement de ces déterminants pourparlers.
Les derničres négociations du dialogue intercongolais qui se déroulent actuellement ŕ Pretoria constituent l'ultime round qualifié de la derničre chance de ce forum national. Malheureusement les tractations en cours n'aboutissent toujours pas du fait que certains belligérants ne cessent de soulever encore des problčmes qui remettent en question l'esprit et la lettre de l'Accord global et inclusif, notamment la source de légitimité des institutions de la transition. Comment l'UPRN réagit-elle devant cette évolution des travaux du dialogue ?
L'UPRN a toujours souligné avec force que le foisonnement d'assises et des accords sortis des négociations politiques se justifie par les intentions malveillantes des seigneurs de guerre qui n'ont pas effectivement des raisons suffisantes d'accorder une chance de paix en RDC et surtout permettre ŕ notre pays de retrouver son intégrité territoriale. Leur comportement démontre qu'ils ont d'autres objectifs beaucoup plus mercantilistes et hégémonistes. Nous, nous favorisons la voie vers la paix pour les conduire ŕ la décadence de leurs visées. Voilŕ pourquoi l'UPRN évoque toujours la sacralisation de la patrie. Si tous les Congolais pouvaient s'unir au nom de la patrie, la paix reviendra en RDC sans de spectaculaires et énigmatiques rencontres de négociations. Car, ŕ l'unisson, nous dirons non aux agresseurs que nous bouterons dehors sans procédures démocratiques, par la force ou par l'application des dispositions du droit international. Il est, en effet, absurde qu'un agresseur nous donne la leçon ou pręche la légitimité alors que lui-męme est dans la forme la plus parfaite de la déconcertante illégitimité.
Le médiateur Moustapha Niasse a déclaré, nous citons, que « Nous n'accepterons aucune tentative de renégociation de l'accord de Pretoria ni un quelconque amendement allant en dehors de l'esprit de ce texte ». Quelle lecture votre parti fait-elle de cette déclaration ?
A son temps, l'UPRN avait fustigé les zones d'ombres contenues dans l'Accord global et inclusif de Pretoria, notamment sur les questions relatives ŕ l'armée, au profit des animateurs de la transition, etc. Notre parti avait préconisé la nécessité de tenir un débat lors des derničres assises, non dans le sens d'une remise en question, mais pour y insérer les enrichissements et éclaircissements aux points jugés sensibles, de maničre ŕ éviter des équivoques dans la compréhension de certaines dispositions prévues dans ces textes. Lŕ-dessus le médiateur Moustapha Niasse a répondu l'UPRN dans le sens suivant lequel il importe de garder les principes de base tout en les enrichissant ou en les éclairant, le cas échéant.
Que propose l'UPRN pour la question de l'armée qui semble bloquer le dialogue ŕ Pretoria ?
Malgré les diverses opinions qui alimentent les débats autour de la question, force est de constater que de plus en plus se dégage tout de męme une convergence de vues vers la voix de la raison pour reconnaître c1airemer aujourd'hui que l'organisation de l'armée et de la sécurité constitue le chemin par excellence qui va vider les hostilités dans notre pays. L'unification de l'armée s'impose de soi, quelle que soit la couleur de la coordination appelée ŕ gérer cette unification, dčs lors qu'il s'agit de mettre ensemble les Congolais des FAC, du RCD/Goma, RCD-Kis/ML, CD/N, les résistants Maď-Maď. Tous doivent appliquer le devoir de patriotique et républicain avec leurs potentialités numériques, tactiques. C'est ŕ la condition de cette réunification que les agresseurs quitteront notre pays si vaste et suffisamment peuplé, la queue entre les pattes. C'est ainsi qu'ŕ la levée du soleil tous les chats cesseront progressivement d'ętre gris. Nous préconisons donc que les protagonistes en présence se dépassent et se résolvent ŕ suivre la voie de paix, l'unité et le progrčs.
Dans les délicats enjeux qui maintiennent la tension entre négociateurs congolais ŕ Pretoria il y a les interminables suspicions entre eux. A ce propos, le Secrétaire général de l'ONU est allé jusqu'ŕ accuser Kinshasa d'appuyer le RCD-Kis/ML et les Maď-Maď ŕ l'Est du pays en leur fournissant armes et munitions tout en bloquant une enquęte que la Monuc a voulu diligenter ŕ ce sujet. Qu'en pense-t-on ŕ l'UPRN ?
R : A l'issue du dialogue tenu ŕ Sun City en Afrique du Sud en 2002, il a été pris des résolutions tout a fait encourageantes et porteuses d'espoir au retour de la paix en RDC. Certains fils patriotes s'étaient déjŕ engagés dans le processus de l'unification. C'est le cas de Mbusa Nyamwisi du RCD-Kis/ML et d'autres anciens rebelles qui ont pratiquement adhéré ŕ la philosophie du gouvernement. Dčs lors, la corde sensible de la patrie a amené quelques fils congolais égarés ŕ se rétracter du schéma de la partition du pays pour retrouver la voie de l'unité que prône le gouvernement légal de la RDC. Point n'est besoin de fournir des armes ŕ une quelconque faction rebelle mais plutôt d'accorder les violons sur les plans politique, administratif et militaire. Cela est juste en vertu de l'esprit général et l'objet męme de l'accord de Sun City et du dialogue intercongolais. Le combat des Maď-Maď est noble. Leur résistance est une insurrection contre l'hégémonie tusti ŕ l'Est du pays et surtout contre l'agression injuste imposée ŕ la RDC dont l'objectif vise également le dépeuplement des autochtones, la conquęte de leurs terres par des voisins. Il s'agit donc d'un élan nationaliste et d'une détermination patriotique de tout Congolais appelé ŕ résister ŕ tout prix, parce que se sentant aussi victime comme ses compatriotes de l'Est. Ainsi donc, toute enquęte portant sur le fait invraisemblable de fournir des armes ŕ ces groupes de résistants contre l'agression ne peut ętre d'aucun objet.
Le tribunal institué par le MLC pour juger les militaires qui s'étaient livrés au cannibalisme et autres violations des droits de l'homme en Ituri a rendu son verdict en condamnant ces militaires. Quel commentaire l'UPRN donne-t-il sur ce jugement et sur la compétence de ce tribunal ?
Pour l'UPRN, Jean-Pierre Bemba a procédé ŕ une fuite en avant. Au nom de quelle souveraineté ou de quelle légalité peut-il se pavaner d'organiser un prétendu procčs, dčs lors qu'aucun crédit ni national, et encore moins international, ne couvre les organes sous administration rebelle ? Le droit est le principe d'un monde organisé. Il est l'antidote du désordre et de la rébellion męme. Or, ces actes de cannibalisme et des crimes immondes constituent éloquemment le désordre et la rébellion dans leur meilleure expression. Comment les auteurs et les commanditaires des ces actes peuvent-ils dire le droit ? Ce qui est vrai, et nous l'avions déjŕ dit ŕ son temps, aucun crime ne restera impuni, surtout que l'acte de cannibalisme est parmi les crimes imprescriptibles.
A côté des controverses autour des suspicions entre camps belligérants, il y a un autre aspect du débat politique qui prend de plus en plus de l'ampleur. Il s'agit du problčme du regroupement des ensembles politiques congolais qui devient, en effet, un réel et nouveau casus belli, essentiellement politique, certes. Quel commentaire l'UPRN se fait-elle de la rencontre que le ministre de l'Intérieur a organisé récemment avec les responsables des partis politiques ?
Les partis politiques évoluent dans l'espace territorial qui est du ressort du Ministčre de l'Intérieur. Il est tout ŕ fait normal que de temps en temps des échanges s'opčrent entre l'animateur de la territoriale et les acteurs politiques. Néanmoins, étant lui-męme acteur politique au sein du PPRD, nous nous avisons avec réserve quant aux sollicitations indirectes d'éventuelles alliances perçues et envisagées lors de cet entretien, du moins au regard de la maničre dont le ministre Théophile Mbemba les a esquissées dans son adresse. Nous reconnaissons toutefois qu'il est trčs indispensable que ce genre des rencontres politiques se tiennent. Il y a une façon appropriée de constituer les alliances ŕ l'abri des traîtres et des infiltrés qui peuvent s'y adhérer uniquement pour des raisons de survie et des gains financiers auprčs du parti pro-gouvernement.
Croyez-vous, M. Le président de l'UPRN, que ce genre de rencontres peuvent favoriser, récréer et sauvegarder l'unité ?
L'unité est impérative pour la nation congolaise. C'est une question d'esprit, de patriotisme et de volonté. Les rencontres politiques constituent dans une certaine mesure les mécanismes qui peuvent susciter son efficacité, mais seulement ŕ la condition que ces rencontres ne visent pas uniquement les dividendes politiques ou les stratégies de la conquęte du pouvoir.
Un autre sujet qui fait jaser dans l'opinion est la démission de l'argentier de la République. Le ministre des Finances et Budget Matungulu a, en effet, démissionné derničrement de ses fonctions, ce qui a poussé certaines langues ŕ se délier pour considérer que cette démission jette un brouillard sur les rapports entre la RDC et les institutions de Bretton Woods. Qu'en dites-vous ?
La RDC reste un pays souverain en dépit de tous les rapports de coopération, d'échanges ou d'assistance entretenus avec les pays amis et institutions internationales de toute nature. Ces rapports ne peuvent aucunement se garantir ŕ travers un individu, quelles que soit ses affinités formelles ou informelles avec certains membres de ces institutions. Tout gouvernement fonctionne selon un principe d'unicité et de solidarité d'actions. L'ensemble de ses actions constituent les moyens et les mécanismes de la gestion politico-administrative de la chose publique. C'est en vertu de cette donne que se programment les accords avec les institutions internationales qui, souvent, en posent les termes de référence et les recommandations de faisabilité qui n'impliquent pas une personne spécifique. Si Matungulu a démissionné, l'Etat congolais, ŕ travers son gouvernement, doit néanmoins poursuivre sans préjudice aucun les accords qui le lient ŕ ces institutions internationales.
Sur ce chapitre des relations internationales de la RDC, quelle lecture faites-vous, par exemple, de la derničre tournée du Chef de l'Etat en Libye, en France et en Belgique ?
L'UPRN avait stigmatisé autrefois le paysage diplomatique de la RDC qui était profondément délabré par l'iconoclaste Bizima Karaha, Rwandais tutsi alors ministre des Affaires Etrangčres. Il est tout ŕ fait recommandé aujourd'hui que la RDC redore son blason sur l'échiquier international. Ainsi le dernier le périple du Chef de l'Etat constitue l'expression des efforts que doit déployer le gouvernement conscient de ses responsabilités en vue de se rendre crédible et de se faire entendre auprčs des grandes nations, de maničre ŕ fortifier les actions de l'exécutif congolais et obtenir ainsi l'attention soutenue de la communauté internationale. Sans une bonne diplomatie ouverte vers l'extérieur, la RDC risque de vivre dans une autarcie qui risque de lui ętre suicidaire.
Déo Mulima Kampuku
Last edited: 07/05/2006 00:29:10