Le président de l’Association des professeurs de l’Université de Kinshasa (Apukin) a révélé lors de la cérémonie d’échange des vœux que, outre une liste de professeurs décédés suite ŕ un manque de traitement, il y a une trentaine d’autres membres de ce corps professoral qui sont malades et terrés chez eux sans pouvoir se faire soigner, faute de moyens de payement des soins appropriés.
Ils sont environ 30, les professeurs de l’université de Kinshasa, gravement malades et terrés chez eux, loin des institutions de santé, faute de ressources financičres. Plus d’une trentaine d’autres se savent malades et considérés comme tels par les collčgues, luttent quotidiennement avec leurs maux et qu’ils ne peuvent pas faire soigner ŕ cause de leur manque de moyens. Ils sont abandonnés ŕ leur triste sort, tandis que la solidarité familiale ne peut en aucun cas leur venir en aide. Une dizaine seulement des malades de l’unikin séjournent actuellement ŕ l’étranger depuis plus d’une année pour tenter de se faire soigner grâce au soutien de leurs familles ou des amis, devant l’indifférence totale de l’Etat congolais.
Confrontés aux rudes exigences de la production de nouvelles connaissances, aux tensions qu’elles créent en eux et ŕ la précarité de leur vie ŕ la suite de leur clochardisation par l’Etat, les profs sont exposés aux maladies mortelles qui ont décimé une bonne dizaine d’entre eux en 2002. Dans ce dernier groupe il faut citer, les professeurs Ngimbi Nkunku Pela, Ndongala Tadi Lewa, Lokota Kot’e-Panga, Zola ne Vunda, Tshidibi Nyama et Bungisabo ma Manzudu, tous morts au front de la science et de l’éducation de la jeunesse congolaise. Toutes ces révélations troublantes ont été faites par le professeur Sabakinu Kivilu, président de l’association des professeurs de l’université de kinshasa, APUKIN, ŕ l‘occasion de la cérémonie de présentation des vœux de nouvelle an organisée le 25 janvier dernier au Club des Résidents.
Sur un autre registre, le président de l’Apukin a évoque la situation politique du pays, rappelant que plus de la moitié du territoire national reste occupé par les armées étrangčres et les rebellions, avec pour conséquence l‘extermination de plus de trois millions de vies humaines par les souffrances, la misčre et les exécutions sommaires.
Et que d’autre part, les richesses miniers, les ressources forestičres et agricoles sont systématiquement pillées avec la complicité des puissances étrangčres et les multinationales ŕ travers des réseaux maffieux.
Entre temps, les stratégies et mécanismes politiques et diplomatiques pour mettre fin ŕ cette guerre restent trčs limités le DIC se traduit par des négociations sans fin entre les chefs de guerre, la société civile et l’opposition politique interne. Sabakinu constate que dans ce jeu, chaque acteur recherche sa propre survie, au mépris de l’intéręt national les vraies alliances subtiles s’élaborant loin des médias et des délinquants politiques qui ne cessent de distraire les populations. Tandis qu’une nouvelle colonisation occidentale et africaine pointe déjŕ ŕ l’horizon.
Au plan économique, le président de l’Apukin relčve que l’environnement est de plus en plus contraignant et la pauvreté des populations congolaises, les intéręts supérieurs de la nation étant ŕ la merci du grand capital insensible aux émotions, discours, marches populaires et pričres des congolais. Il faut constater en effet, que cet environnement politique, économique et social s’est répercuté sur l’université et a contribué davantage ŕ son asphyxie et ŕ son abandon. De telle sorte que seule la politique de partenariat, bien que limitée, il faut le reconnaître, peut encore sauver l’université dans ses fonctions élémentaires.
Aussi, dit-il, les perspectives n’étant pas bonnes d’ici 2006, l’Apukin tient, contre vents et marées, ŕ défendre ce partenariat, tout en cherchant ŕ améliorer l’efficacité de sa gestion. Sabakinu pense qu’il ne peut pas en ętre autrement, car, il n’est pas possible de développer une université d’excellence ou d’élites dans un environnement de pauvreté généralisée; comme il n’est pas normal de continuer ŕ accepter que les études primaires et secondaires coűtent plus cher que les études universitaires au non d’une prétendue sauvegarde de la paix sociale. De męme qu’on ne peut pas développer une université d’excellence ŕ coups de promesses sans cesse répétées, mais jamais tenues.