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La conférence diplomatique qui a débuté hier ses travaux au Palais du peuple va permettre au gouvernement de Joseph Kabila de redéfinir les grands axes de sa politique étrangčre, mais également de confirmer la fermeture temporaire de plusieurs de nos missions diplomatiques ŕ l'étranger.

La conférence diplomatique qui a débuté hier ses travaux au Palais du peuple est une premičre, depuis la chute du régime du maréchal Mobutu.

Cette conférence, qui est couplée ŕ un symposium international, va permettre au gouvernement de Joseph Kabila de redéfinir les grands axes de sa politique étrangčre, mais également de confirmer la fermeture temporaire de plusieurs de nos missions diplomatiques ŕ l'étranger.

La situation scandaleuse dans laquelle vivent les diplomates congolais, en poste ŕ l'étranger, ne date pas d'aujourd'hui.

Le calvaire des missions diplomatiques congolaises, ŕ travers le monde, a commencé dans les derničres années du régime du maréchal Mobutu.

On se souvient que lorsque le général Joseph Désiré Mobutu s'est emparé du pouvoir le 24 novembre 1965, les finances de l'Etat congolais, sans ętre florissantes, étaient néanmoins relativement saines.

Certes, les ministres du gouvernement Adoula et leurs collčgues du gouvernement Tshombe, qui leur avaient succédé s'enrichissaient déjŕ impunément sur le dos de l'Etat. Mais, ils le faisaient dans une relative discrétion, comme bon nombre de hauts fonctionnaires et autres grands dirigeants d'entreprises d'Etat.

Le pays disposait ŕ l'époque d'un budget voté chaque année par le parlement.

L'institut d'émission, le Conseil monétaire, qui deviendra quelques mois plus tard la Banque centrale du Congo, fonctionnait alors dans un respect, plus ou moins scrupuleux, de rčgles élémentaires de l'orthodoxie financičre.

La haute direction de la Banque centrale était alors encadrée par des spécialistes, détachés par la banque nationale de Belgique et par les fonds monétaire international.

Grâce ŕ la guerre du Vietnam, les cours du cuivre étaient au plus haut et les caisses de l'Etat congolais, dont c'était la principale ressource, étaient alors relativement pleines.

Le général Mobutu et les jeunes loups nationalistes qu'il avait recrutés ŕ son cabinet que dirigeait alors Me Gerard Kamanda wa Kamanda, allaient soutenir ŕ fond l'ambitieux programme d'implantation tous azimuts des ambassades du Congo ŕ l'étranger. Le ministre des Affaires étrangčres d'alors, Justin Marie Bomboko, avait une haute idée de son pays et de sa diplomatie.

GRANDEUR ET PRESTIGE

Le Congo va alors ouvrir plusieurs dizaines d'ambassades en Afrique et dans le monde. Rien n'est alors trop beau pour les chefs de missions diplomatiques congolais. Les dépenses de souveraineté sont considérées par le nouveau régime comme prioritaires.

La grandeur et le prestige du pays rebaptisé Zaďre constituent un dogme.

La République va alors acquérir un important et prestigieux patrimoine immobiliser dans plusieurs capitales étrangčres.

Le ministčre des Affaires étrangčres achčte, ŕ tour de bras, des chancelleries et des luxueuses résidences pour nos ambassadeurs.

Lorsque les acquisitions immobiličres ne sont pas possibles, on signe des baux pour des résidences de prestige que, bon enfant, la République met ŕ la disposition des chefs de mission et de nos diplomates.

Le charroi automobile des ambassades congolaises ŕ l'étranger est des plus luxueux et des plus fournis. Les réceptions offertes par les missions diplomatiques congolaises, réputées pour leur magnificence, sont alors trčs courues.

Les missions diplomatiques congolaises serviront essentiellement ŕ l'apparat et ŕ la politique de prestige de Mobutu. Elles ne seront d'aucun apport dans la politique du développement du pays.

DESORGANISATION ET NEPOTISME

Mais, au fur et ŕ mesure que le général Mobutu augmente son emprise sur le pays, il va désorganiser toutes les structures de l'Etat. C'est le passage obligé, semble-t-il, pour l'instauration du pouvoir personnel.

Le ministčre des Affaires étrangčres, qui était alors considéré comme un département d'élite et qui était géré dans une relative transparence, selon les critčres d'une administration moderne, va ętre soumis au népotisme.

Des personnes peu qualifiées, voire des analphabčtes, sont nominées diplomates ou chefs de mission. Męme les ambassades les plus prestigieuses comme celles de Bruxelles et Paris ne sont pas épargnées.

L'administration centrale du ministčre des Affaires étrangčres, communément appelée la centrale, qui gérait alors, tant bien que mal, les plans de carričre des diplomates détachés ŕ l'étranger, est progressivement dépossédée de ses prérogatives au profit de la présidence et des services de la police politique.

UNE BAISE DU TRAIN DE VIE

La crise économique, dans laquelle le pays va s'enfoncer peu a peu, entraîne pour les ambassades, qui dépensaient alors sans compter, une baisse du train de vie imposée par la diminution des crédits.

Et les fonds, dont le volume a considérablement baissé, mais qui continuent, malgré tout, ŕ ętre virés dans les missions diplomatiques, par le ministčre des Finances, vont alors ętre systématiquement et de plus en plus détournés, par certains ambassadeurs.

Ces derniers, qui ont été directement parachutés ŕ la tęte des ambassades, sans l'aval du ministre des Affaires étrangčres, bénéficient de l'impunité que leur garantissent les rapports directs qu'ils entretiennent avec le chef de l'Etat.

Mais, la chute du cours de cuivre, les effets pervers de la zaďrianisation, les dépenses de prestiges auxquelles se livre de plus en plus le général Mobutu, qui a dissous le parlement et imposé au pays un systčme de parti unique, vont considérablement perturber le fonctionnement de l'Etat.

Comme pour l'ensemble des services publics, au fur et ŕ mesure que s'accentue la récession, les fonds vont de plus en plus faire défaut ŕ la coűteuse machine diplomatique zaďroise.

La plupart des comptes des missions diplomatiques congolaises ŕ l'étranger vont virer au rouge.

Trčs souvent, les ambassadeurs vont attendre la visite hypothétique du chef de l'Etat dans le pays oů ils sont accrédités, pour espérer voir leurs caisses ętre renflouées par décision présidentielle.

Mais, lorsque c'est le cas, une bonne partie de fonds ainsi décaissés, en dehors de toutes les rčgles de comptabilité publique, sera systématiquement détournée par les hauts fonctionnaires de la Banque centrale et par les chefs des missions diplomatiques bénéficiaires.

Le calvaire des diplomates congolais et des membres de leurs familles va alors commencer.

Ni les émoluments, ni les loyers ne sont plus réguličrement payés.

Le téléphone, l'électricité, le chauffage sont coupés dans les chancelleries. Les baux sont résiliés et les diplomates et leurs familles sont jetés ŕ la rue. Dans certains pays oů l'immeuble qui abrite l'ambassade appartient ŕ l'Etat congolais, les diplomates devenus des Sdf, iront avec leurs familles squatter dans les bureaux.

VENTES ILLICITES D'IMMEUBLES DE L'ETAT

Certains chefs de mission, las d'attendre des virements de fonds qui n'arrivent plus de Kinshasa, vont prendre la décision de vendre des immeubles appartenant au patrimoine de l'Etat congolais, sans en référer ŕ leur ministre de tutelle.

D'autres évoquent le manque de crédits pour assurer l'entretien régulier des bâtiments diplomatiques de plus en plus délabrés, pour brader les immeubles de l'Etat et encaisser au passage des substantielles commissions.

Les cas les plus connus sont ceux des ventes, dans des conditions peu transparentes, des immeubles des ambassades du Congo ŕ Tokyo (Japon), ŕ Vienne (Autriche), ŕ Londres (Grande Bretagne) et Lagos (Nigeria).

La derničre vente illicite d'un immeuble appartenant ŕ l'Etat congolais a eu lieu il y a trois mois ŕ Bruxelles (Belgique). La luxueuse résidence du Congo dans la riche banlieue bruxelloise de Rhodes Saint Genčse a été vendue, pour une bouchée de pain, par l'ambassadeur Kisonga, sans que le ministre She Okitundu en ait été informé.

La situation financičre des missions diplomatiques du Congo ŕ l'étranger devenant de plus en plus inextricable, les divers gouvernements qui sont entrés en fonction pendant et aprčs la conférence nationale souveraine vont prendre la décision de fermer plusieurs missions diplomatiques et de rapatrier les diplomates qui y étaient affectés.

Mais, les divers ministres qui vont se succéder ŕ la tęte du département des Affaires étrangčres, en complicité avec certains hauts fonctionnaires du ministčre des Finances et de la Banque centrale, vont systématiquement détourner les crédits affectés a l'opération de rapatriement des diplomates.

Et les diplomates congolais et leurs familles vont ainsi ętre abandonnés, jusqu'ŕ ce jour, ŕ leur triste sort.

Pour survivre, ils n'ont désormais comme se le ressource que la vente de visas, de laissez-passer et de passeports.

Un certain nombre de diplomates congolais seront męme amenés ŕ faire de leurs épouses des femmes de ménages, des cuisiničres ou des bonnes d'enfants.

Eux-męmes devront rechercher des petits boulots. D'autres deviendront des chauffeurs de taxi ou des gardiens d'immeubles. D'autres encore, plus entreprenants, ouvriront des boutiques ou des bistrots clandestins. Certains d'entre eux n'hésiteront pas ŕ mettre sur pied des filičres de trafic des boissons alcoolisées voire de stupéfiants.

Radio-trottoir rapportera męme, ŕ la fin des années 90, la mésaventure pathétique et comique, survenue au chargé d'affaires congolais en Roumanie.

Chassé de sa résidence, le diplomate devenu, malgré lui, un « shegué » ŕ Bucarest se serait fait voler sa derničre paire de chaussure. Le malheureux avait enlevé ses chaussures pour dormir, dans la gare oů il passait la nuit avec d'autres Sdf.

A Abidjan, l'histoire du chargé d'affaires du Congo est connue dans toutes les chancelleries.

L'ambassadeur du Mali a, par compassion, mis gracieusement un appartement, ŕ la maison du Mali, ŕ la disposition du chargé d'affaires congolais dans la capitale ivoirienne.

Les ambassadeurs africains dans cette ville ont męme été amenés ŕ cotiser, pour venir en aide ŕ leur collčgue congolais démuni.

L'avčnement du Mzee Laurent Désiré Kabila ne va pas arranger les choses. Bizima Karaha n'a aucune expérience de la vie internationale. Le nouveau ministre va multiplier des nominations fantaisistes dans les missions diplomatiques congolaises et dilapider les derniers crédits mis ŕ la disposition de son département.

Lorsque Bizima Karaha s'enfuit de Kinshasa fin juillet 1998,il n'aura résolu aucun problčme de missions diplomatiques congolaises ŕ l'étranger.

Avec l'aide de la Banque mondiale sur la ligne de crédits affectés au programme de renforcement des capacités, le ministre She Okitundu a pu enfin organiser la Conférence diplomatique, dont les travaux ont été officiellement inaugurés lundi par le chef de l'Etat.

Au cours de leurs assises, les participants ŕ la Conférence de Kinshasa vont analyser et disserteront sur la nouvelle politique étrangčre du gouvernement de Joseph Kabila.

Mais, l'un des objectifs majeurs de cette conférence est la réduction et la fermeture de plusieurs missions diplomatiques de la République démocratique du Congo ŕ l'étranger. Une opération qui démarrera au cours des prochains mois et qui sera exécutée avec l'appui technique du Pnud et l'apport financier de la Banque mondiale.



Last edited: 07/05/2006 00:24:30

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